‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 26 sur 1164 · INTRUS ET ÉVÊQUES LÉGITIMES · texte numérisé non relu

INTRUS ET ÉVÊQUES LÉGITIMES

Rigobert eut-il pour successeur dans les fonctions du ministère sacré l'évêque Lando 1. Au temps de la réforme accomplie par saint Boniface, Abel fut chargé d'exercer la charge pastorale sans parvenir à expulser l'intrus qui, au contraire, se débarrassa de l'évêque légitime 2. Au cours des 40 ans environ 3 pendant lesquels Milon détient l'évêché de Reims, le siège épiscopal est tantôt occupé et tantôt vide. Pour donner satisfaction au peuple qui réclame un pasteur, le comte Roger et son fils qui se sont saisis de l'évêché du Mans, auraient fait ordonner un évêque, Gauziolène, afin qu'il remplît les fonctions sacerdotales 4. A Noyon, la liste épiscopale fournit simultanément deux noms : saint Eunucius est peutêtre le pasteur légitime de l'église, Guy le détenteur de l'évê-

1. Suivant les Gesta abb. F ont an. (g, SS, ri, 281-2), le monastère de Saint-Wandrille fut gouverné de 731 à 734 par Lando, évoque de Reims. A cette date, l'évêché est certainement détenu par Milon. Suivant l'hypothèse de Ribbeck (p. 37), Lando aurait été l'évêque légitime, supporté par Milon comme précédemment Rigobert, à condition que le temporel lui fût abandonné. Ni Flodoard ni la liste épiscopale rémoise (Duchesne, Fastes épisc, ni, 77) ne placent après Rigobert un évêque de ce nom. Ces documents ne connaissent que le Lando prédécesseur de Nivard. Toutefois Abel, qui fut établi par saint Boniface comme évêque légitime, ne figure pas davantage sur la liste. Flodoard ne le connaît (11, 16, p. 462) que par les lettres de Boniface et celle d'Hadrien à Tilpin. C'est sans doute parce qu'Abel ne figure pas sur les diptyques, que Flodoard (loc.cit.)dit que, suivant quelques-uns, il fut seulement chorévêque. On conçoit par conséquent que Lando lui aussi ait pu être omis sur la liste épiscopale et comme Boniface n'eut pas affaire avec lui, son souvenir aurait disparu, s'il n'avait été conservé par l'historiographe de Saint-Wandrille, rapportant au début du IXe siècle la tradition gardée en son monastère.

2. : « Ibi permanere permissus non fuit, sed magis contra Deum ejectus est et Remensis ecclesia per multa tempora et per multos annos sine episcopo fuit » (Lettre d'Hadrien, art. cité, 350). Milon avant la réforme avait pu s'entendre avec Rigobert et Lando ; il fit résistance à Abel, qui suivant une lettre du pape Zacharie du 5 Nov. 744 a été ordonné par Boniface à Reims (Bonif. ep. 58, p. 315) et qui prétendit sans doute saisir l'administration temporelle en même temps que la charge épiscopale. Le fait qu'Abel fut chassé de Reims a pu être conservé par la tradition rémoise jusqu'au temps où Hincmar, interpolateur présumé de la lettre, rapporte ce souvenir. D'autre part l'omission du nom d' Abel dans la liste épiscopale de Reims montre suffisamment que cet évêque n'a pu s'établir solidement sur son siège. Abel figure parmi les coepiscopi qui souscrirent en 745-46 une lettre de saint Boniface (74, p. 340) ; on en peut conclure qu'à cette date Boniface le considérait comme évêque légitime ; mais peut être avait-il été chassé déjà de son siège par l'intrus.

3. :« Per xl circiter annos pessumdederit » (Vita Rem., Prêf.). Dans le De jure metrop., Hincmar dit seulement que l'usurpation s'était prolongée « per multos annos ».

4. Actus pont. Cenom., 16, p. 245. Ribbeck (p. 36) estime à tort, croyons nous (cf. plus haut, p. 14, n. 5), qu'ils ont saisi l'évêchédu vivant d'Herlemond. Le ducCrodégarius, suivant Ribbeck (n. 54), aurait dominé l'évêché dès 710, mais la charte de Bérarius alléguée par cet érudit signale seulement en la personne de Crodégarius un protecteur du monastère de Châlons que Bérarius tient en bénéfice de l'évêque Herlemondet de l'église du Mans (Actus, 15, p. 226-8). Suivant les Actus (17, p. 262), Gauziolène mort en 771 aurait siégé 50 ans ; donnée qui rapporterait son sacre à 721, époque où Roger est sans doute déjà en possession du temporel de l'église.

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