INTRANSIGEANCE DE L'ÉPISCOPAT
très illustre roi. fuyez la compagnie et les conseils des pervers Que personne n'ose vous demander ce qu'il ne convient pas à votre majesté d'accorder 1. Ne craignez pas les hommes irrités qui sont terre et cendre, plus que Dieu qui vous jugera ». L'avertissement des évêques, qui débutait par des précautions oratoires à l'adresse du roi et des grands, conclut, comme on l'avait fait déjà à Yiïtz, par une invitation adressée au prince de passer outre à l'irritation des siens 2.
Tant à l'adresse du roi qu'à celle de l'aristocratie, les réclamations épiscopales prennent à Ver un ton plus âpre qu'aux précédentes assemblées et précisent de plus près leur objet. On presse le souverain de mettre un terme à la vacance des sièges qui lui permettait de puiser largement au temporel d'une riche église, dont il lui faudra reconstituer le patrimoine dilapidé. Le roi devra s'abstenir de céder en bénéfice abbayes ou biens d'église, fuir ceux qui lui donnent d'autres conseils, fermer la bouche aux solliciteurs, faire fi de l'irritation que causera sûrement un tel refus. L'aristocratie laïque est menacée bien plus gravement qu'elle ne l'était à Yùtz ; Loup prévoit que les grands accuseront les évêques d'une insatiable avidité, qu'ils s'irriteront contre un roi docile aux représentations du clergé. A Yùtz, les évêques sacrifiaient aux laïques l'abbatiat des maisons qui ne sont pas vouées à la stricte observance. A Ver, ils leur dénient tout honor ecclésiastique. Rien ne contrariait l'envahissement du temporel ecclésiastique par l'aristocratie laïque comme la séparation ainsi établie entre les honneurs du siècle et ceux de l'église. L'épiscopat rejette les subterfuges qui couvrent le plus ordinairement les usurpations de biens d'église ; il ne sera plus permis aux laïques de demander au roi en bénéfice abbayes ou domaines ecclésiastiques.
Non seulement on ne peut plus réclamer du roi des sécularisations nouvelles, mais chacun rendra les biens qu'il détient injustement. Ceux qui occupent les biens de l'église de Reims récemment encore dilapidés, devront les restituer. Les évêques ne distinguent pas d'ailleurs entre les anciennes et les récentes spoliations. Il faudra rendre non seulement ce que le jeune roi a, depuis le début de son règne, cédé en bénéfice à ses fidèles,
i. : "Tu autem, clarissime rex,... fuge perversorum consortia et consilia, nec a te quisquam petere audeat, quod majestatem tuam praestare non deceat ». Un diplôme de Charles le Chauve pour l'église de Châlons fait allusion à ces demandes indiscrètes. Le roi interdit de rien enlever désormais au temporel de cet évêché, « quia refrigescente caritate et habundante iniquitate... principales aures inquietare adtentant » (PéMcier, Cari. chap. Châlons, 10).
2. : « Nec. timeas iratos homines, hoc est terrain et cinerem, amplius quam Deum qui te créa vit quique in veritate judicabit ».