ÉCHEC DES ÉVÊQUES A VER
mais toutes les propriétés d'Église détournées à des usages profanes, toute cette masse de biens qui, sous Charles Martel, Pépin et Charlemagne, ont été sécularisés et, qui depuis lors, ne cessent de passer des mains d'un bénéficier en celles d'un autre.
L'aristocratie laïque eût-elle pu entendre sans éclater des propositions aussi radicales ? L'envie et la malice des hommes, diront les évêques en 846, sont cause que cette requête n'a pas été portée encore aux oreilles du prince et du peuple 1. A l'issue du synode, les capitula ont été remis aux mains du roi 2 ; mais d'accord sans doute avec ses conseillers intimes, Charles aura jugé prudent de ne pas saisir le plaid des doléances épiscopales ; il n'en fut pas donné lecture dans l'assemblée plénière. Les plaintes des évêques n'obtinrent même pas audience. L'année suivante, dans une lettre particulière Loup déplore que le roi n'ait pas écouté les avis qui lui furent donnés à Ver. Il envoie à son correspondant les canons que sa plume avait transcrits et en appelle au jugement de la postérité 3. Cet échec ruinait les espérances qu'avait fait concevoir à l'épiscopat du royaume de Charles l'heureuse issue des assemblées de Coulaines et de
1. Conc.-Meld.-Paris. Pref. : « scriptuhi in Verno palatio perpetratum, sed invidia ac malitia diaboli seu ministrorum ejus nondum principis et populi auribus propalatum » {Cap. u, 396). C'est pour cette raison, sans doute, parce que ces capitula n'ont pas été publiés, ni acceptés, et sont restés par conséquent lettre morte, qu'à la différence des ordonnances conciliaires de Loire, Coulaines et Yiïtz, il n'y est fait aucun emprunt par le synode de Meaux- Paris qui publie seulement les décrets récemment promulgués par le prince, d'accord avec le clergé et les laïques nobles « quae nuper ab eodem... principe una cum sacro ecclesiastico ordine et inlustritun virorum nobilitate décréta sunt » (p. 397).
2. En 856, à Bonneuil, les évêques rappellent à Charles le Chauve « illa quae in Verno palatio synodaliter prolata suscepistis » (p. 424). M. Lot (p. 129, n. 2) dénonce un manque de mémoire ou une habileté de la part des prélats qui feignent de croire qu'ils ont été exaucés, afin que le roi cède à l'avenir à leurs remontrances. Mais le monarque qui les écoute, sait fort bien ce qui s'est passé à Ver. Ils allèguent aussi les canons extraits par le roi et les grands de la collection qui leur était présentée à Épernay, sans se référer à la collection intégrale qui pourtantfut,elle aussi, «synodaliter prolata » à Meaux et à Paris. Pourquoi avouer ainsi implicitement que les actes du concile de Meaux ont été rejetés, alors qu'on prétend que les capitula de Ver ont été acceptés ? Les expressions employées par les évêques à Bonneuil, ont un sens très précis. A Coulaines, à Yiitz, à Meerssen, vous avez approuvé ou confirmé, disent-ils, de votre main propre les articles présentés. A Soissons, vous les avez acceptés ; à Senlis, vous les avez décrétés. Au contraire à Beauvais, « episcopis tradentibus, sub conditione notissima suscepistis » et à Ver, « synodaliter prolata suscepistis ». C'est qu'à Ver le roi a reçu (suscepit) des capitula qui n'ont été ni produits ni acceptés en assemblée générale, mais simplement publiés en synode et remis aux mains du roi. A Beauvais, il n'y a pas eu davantage de promulgation en assemblée générale et de confirmation solennelle ; tout s'est passé entre les évêques et le roi. Les évêques qui lui parlent àBonneuil, invitent simplement le roi à relire ces capitula qui, bien que n'ayant pas été acceptés et publiés, ont été remis aux mains du roi et l'instruisent de ce qu'il doit faire.