ET LES LAÏQUES
« Le mépris fait des volontés du Ciel, déchaîna l'ouragan vengeur venu de l'aquilon, sous la forme d'une invasion des cruels Normands. Pénétrant pour la première fois au cœur du royaume jusqu'à Paris, ils furent les hérauts, seuls dignes de nos mérites, qui nous signifièrent les commandements divins». Au sentiment général du clergé, ce fléau fut une Jeçon nouvelle à l'adresse de Charles 2. Ému par la gravité du péril, le jeune prince qui, prêt à mourir pour la défense de la sainte Église, se frappait tristement la poitrine 3, résolut de donner satisfaction aux plaintes du clergé. Dans l'église du monastère de Saint-Denis, à l'instigation d'Hincmar encore simple religieux 4, le roi prononça un vœu dont nous ignorons d'ailleurs la teneur exacte. Loup s'en autorise pour réclamer les biens dont son abbaye a été frustrée 5. Le roi s'engageait donc, semble-t-il, à restituer les biens d'église. Dieu lui eût accordé, déclare plus tard l'abbé de Ferrières, un règne paisible, s'il avait intégralement accompli son vœu et surtout si tout d'abord il avait acquiescé aux avertissements reçus à Ver 6. La formule du vœu était donc en accord avec les revendications présentées à Ver par l'épiscopat.
i. : « Inde veio quia, sicut necesse fuerat, divinis jussionibus non est secuta obedientia » (loc. cit.). On a désobéi alors aux scripta des quatre synodes de Loire, Coulaines, Yùtz et Ver.
2. Conc. Meld. : «Inde veio, quia, sicut necesse fuerat, divinis jussionibus non est secuta oboedientia, dédit Dominus ab aquilone... dignos mentis nostris apostolos, crudeles scilicet et Lmmanissimos christianitatis persecutoresNortmannos qui usque Parisiis venientes, quod jussit Dominus, monstraverunt » {Cap., Il, 396). C'est sans doute à la même calamité que fait allusion Loup de Ferrières (42, Ep., vi, 50) quand il déclare que Dieu eût fait régner Charles en paix, s'il eût écouté les évêques à Ver. Suivant Audradus (Liber révélai., frag. iv, 380; xiv, 38g), l'invasion des Normands est une nouvelle leçon à l'adresse du roi que les avertissements du visionnaire et le danger couru en Bretagne n'ont pu corriger.
3. Transi, s. Germant, 12 : « Karolus namque nobilissimus rex qui pro defensione sanctae Dei ecclesiae mori paratus erat, tristis et moerens ac delicata pectora tundens » (Anal. Bolland., 11, 78).
A ■ Loup de Ferrières rappelle à Hincmar le « votum quo, vobis credo suggerentibus, in ecclesia beati Dionisii se obligavit » (42, Ep., vi, so).
5. Ep. 32 " voti memor, quo se hoc anno obligavit, tandem aliquando immutare dignetur » (p. 40).