ASSEMBLÉE DE BEAUVAIS
La requête relative à la vacance de l'église de Reims fut exaucée aussitôt. Un concile convoqué avant même que les Normands aient quitté Paris et qui se réunit dès le mois d'Avril à Beauvais 1, ratifia le choix fait par le roi d'Hincmar, l'instigateur du vœu prononcé par lui et dont le nouvel archevêque de Reims recueillit le premier le bénéfice 2.
Au cours de l'assemblée, l'élu réclama réparation des dommages causés à l'église de Reims. Le roi est prié de restituer tous les biens enlevés à cette église sous son principat et de les rendre exactement en l'état où ils étaient lors de la confiscation, hormis l'usage fait par les occupants et l'usure des édifices 3. Hincmar lui demande aussi d'annuler les préceptes illicites qu'il avait délivrés au sujet des biens de l'église de Reims et de n'en plus jamais accorder 4. Enfin le roi devra renoncer à toutes les coutumes et exactions injustes indûment perçues au détriment de l'église de Reims %. Les évêques présents appuyèrent les demandes présentées pour le cas particulièrement pressant de l'église de Reims. L'assemblée où figu-
i. Les Normands entrent dans Paris la veille du jour de Pâques, c'est-à-dire le 28 mars (cf. Lot, Le règne de Charles le Chauve, 137, n. 1) ; le synode de Beauvais se réunit en avril, probablement aux environs du 18, date où le roi est dans cette cité (Lot, p. 143, n. 3), tandis que le 1 mai.il est à Samôussy (144, n. 2). Vraisemblablement les membres du haut clergé qui entouraient le roi à Saint-Denis, se sont rendus avec lui à Beauvais où les ont rejoints peut-être quelques évêques convoqués en hâte, au lendemain même du jour où Charles a résolu de faire droit à leur requête. Dix évêques seulement sont présents, outre le nouvel archevêque de Reims (cf. titre de divers manuscrits, Cap., 11, 387) ; six appartiennent à la province de Reims ; les autres, l'archevêque de Sens et ses suffragants de Paris, Chartres, Orléans, accompagnaient sans doute le roi, comme Hincmar, à Saint-Denis. L'affaire essentielle étant de donner un archevêque à Reims, il était naturel que l'épiscopat de la province de Reims fût surtout représenté. Aussi, suivant Hincmar qui s'attache à démontrer la légitimité de son élévation au siège de Reims, ce synode qui, d'accord avec le clergé et le peuple rémois l'a demandé au roi et l'a sacré archevêque, avait un caractère provincial : « convenerunt episcopi Remorum dioeceseos ad synodum Belvacensium civitatis » {De praedeftin., 36, Migne, cxxv, 392).
2. M. F. Lot se demande (p. 4 2, n. il si le désir d'en finir avec l'affaire de l'archevêché de Reims n'a pas incité le roi à traiter à tout prix avec les Normands. Au temps de l'assemblée de Ver, le roi n'était nullement décidé à mettre fin à la vacance fructueuse du siège de Reims ; c'est, semble-t-il, le vœu prononcé par lui qui le décide à pourvoir le siège d'un évêque. Agius d'Orléans est présent à l'assemblée. C'est peut-être au temps même où il se décidait à donner un évêque à Reims, que le roi a ratifié son élection, ratification qu'en décembre Agius attendait depuis plus d'un an.
3. : « Quod res ad ecclesiam mihi commissam pertinentes et tempore principatus vestri ablatas ita praesentaliter restituatis et restitutas conservetis, sicut tempore avi et patris vestri fuerant et excepto superposito, quod in usus possidentium vel ex aedificiis absumptum est, quomodo tune erant..., quando vos inde illas tulistis » (p. 388).
4. : « Ut praecepta inlicita de rébus ecclesiae mihi commissae a vobis facta rescindantur et ut de cetero ne liant caveatis ».
5. : « Ut ab ecclesia mihi commissa indebitas consuetudines et injustas exactiones de caetero non exactetis, sed sic eas conservetis, sicut tempore avi et patris vestri conservatae sunt ».