‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 272 sur 1164 · FAUSSES DÉCRÉTALES ET FAUX CAPITULAIRES · texte numérisé non relu

FAUSSES DÉCRÉTALES ET FAUX CAPITULAIRES

Comme la question du temporel est intimement liée à la cause de la réforme et a largement contribué à la faire échouer, les collections mises au jour au lendemain même des réunions de Meaux, Paris et Epernay renferment de vigoureuses protestations contre l'abus fait du temporel des églises.

Visiblement, la dispensation que font les souverains des évêchés et abbayes n'est pas le point qui préoccupe le plus les faussaires. Toutefois, le pseudo-Etienne range dans la catégorie des infâmes, dont le témoignage ne saurait être admis, ceux qui demandent à tenir des loca qu'ils ne sont pas dignes de gouverner l ; il s'agit ici, semble-t-il, des laïques qui sollicitent la jouissance en bénéfice de monastères ou d'églises rurales. Les faussaires ne font pas campagne pour les libertés électorales du clergé et du peuple ou des communautés religieuses. Ce qui importe surtout au sentiment du pseudo- Isidore et de Benoît le Diacre, c'est que les évêques ne puissent être déposés en dehors des formes canoniques, par l'effet d'un caprice du souverain 2 Qu'une abbaye soit enlevée par le roi à un abbé qui a mérité sa disgrâce, l'affaire ne paraît pas intéresser les faussaires qui, à n'en pas douter, appartiennent au clergé d'une église cathédrale et ne s'occupent jamais qu'indirectement du sort des monastères.

Depuis le temps de Louis le Pieux, tous les réformateurs sont visiblement hostiles aux obligations militaires qui pèsent sur la personne même du prélat ; des compensations ont été discrètement offertes ou suggérées. Benoît le Diacre, plus hardi, prétend nettement dispenser évêques, abbés réguliers du service de l'ost et le rejeter exclusivement sur les hommes de leur église. Il insère dans sa collection une soi-disant pétition adressée à Charlemagne par le peuple assemblé près de lui à Worms. Que les évêques cessent d'être grevés, comme ils le furent jusqu'à présent, par le service de l'ost. Deux ou trois viendront à l'armée pour y remplir leur ministère ; les prêtres n'y paraîtront plus. L'empereur, docile à ces suggestions, aurait décidé que ni prêtres ni évêques n'iraient plus à la guerre 3. Un autre faux capitulaire soi-disant promulgué

i. 2 : « et qui indigna sibi petunt loca tenere aut facultates ecclesiae abstrahunt injuste » (Hinschius, Décret. Ps. Isidor., 182). La parenté du premier délit avec la spoliation des biens d'église, montre qu'il s'agit de gens qui demandent des loca venerabilia sacrata, c'est-à-dire des monastères ou des églises rurales {Syn. ad Theodonis villam 3, p. 114 ; Vem., 3, p. 384 ; Meld., 60. 78, p. 412 et 419 ; Cap. Suession., 853, l, 3, P- 268 etc).

Page 1