LE CLERGÉ AFFRANCHI DU SERVICE DE L'OST
en synode, ordonne qu'aucun sacerdos ne se rende à l'armée, sauf deux ou trois évêques qui ne porteront pas les armes. Les autres resteront près de leur église ; ils enverront leurs hommes bien armés rejoindre le roi ou les chefs désignés par lui ; ils prieront et feront l'aumône pour le succès de ses armes h Le faussaire ne s'occupe ici que du clergé séculier ; mais ailleurs il étend le bénéfice de cette ordonnance aux serviteurs de Dieu, c'est-à-dire aux moines 2.
Des partisans des réformes avaient, à diverses reprises, émis l'idée que, par égard pour les besoins de la défense, une part des biens d'église pouvait être abandonnée à la milice ; Wala insinuait même que les évêques devaient sacrifier quelques biens en faveur des milites, afin d'être déchargés de leurs obligations séculières. A Yutz au contraire, les évêques s'offraient à les porter allègrement, afin d'enlever aux solliciteurs tout prétexte à réclamer leurs dépouilles. Benoît le Diacre veut exonérer les évêques des obligations militaires et du prix dont il faudrait peut-être les racheter. A l'en croire, le peuple réuni autour de Charlemagne dans un plaid général, c'est-à-dire l'aristocratie du royaume, a sollicité dispense pour les évêques d'aller à l'ost et en même temps a protesté qu'il n'entendait pas en prendre occasion pour se faire attribuer, aux dépens des biens d'église, un dédommagement aux frais de la guerre 3.
Soucieux de déraciner dans l'esprit du clergé tout soupçon sur ses intentions, Louis le Pieux s'était solennellement engagé à ne plus diviser les biens des églises. Benoît le Diacre prend soin de reproduire cette déclaration 4 ; mais il lui a paru non moins opportun de la faire passer sur les lèvres des grands du royaume. La pression qu'ils exercent sur les monarques pour se faire délivrer des biens d'église, les rapines qu'ils commettent de leur seul chef, ne sont-eUes pas devenues plus redoutables aux églises que l'arbitraire du souverain ? « Afin de faire tomber toute défiance que le clergé et les fidèles
i . Bened. Cap., m, 141 : « nullus sacerdos in hostem pergat nisi duo vel très tantura episcopi electione ceterorum propter benedictionem et praedicationem... et cum illis electi sacerdotes... Hi vero nec arma ferant uec ad pugnam pergant. Reliqui vero qui ad ecclesias suas rémanent, suos homines bene armatos nobiscum aut cum quibus jusserimus dirigant et ipsi pronobis et cuncto exercitu nostro missas, litanias, oblationes, elymosinas faciant » (p. 110).
2. 142 : « concessimus episcopis et sacerdotibus ac reliquis Dei servis ut in hostes... non irent » (p. ni).
3. 11, 370 : «non propterea haecpetimus ut eorumres aut aliquid ex eorum pecuniis; nisi ipsis aliquid sponte nobis dare placuerit aut eorum ecclesias viduare cupiamus • (p. 92).