‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 289 sur 1164 · RENTRÉE EN SCÈNE DE LA PAPAUTÉ · texte numérisé non relu

RENTRÉE EN SCÈNE DE LA PAPAUTÉ

recueil d'Isidore, les condamnations prononcées à Rome, aux premiers siècles de l'Église, sur la plainte des évêques des Gaules, victimes déjà d'usurpations semblables. Il s'arme, dans la polémique journalière, des anathèmes fulminés par les papes martyrs ; par là aussi, il est encouragé à adresser ses doléances à leurs successeurs et à invoquer contre les spoliateurs le secours du pontife qui tient, en son temps, la place de Pierre.

A leur missus Boniface, qui réformait les églises franques, les papes du VIIIe siècle se bornaient à donner les instructions et éclarcissements qu'il réclamait. Les princes francs sont simplement avertis des exigences de la discipline canonique. Ces pontifes recommandaient au reste à Boniface la modération et l'invitaient à se contenter des concessions faites par les Francs au sujet des biens spoliés. Très différente sera l'attitude des papes Benoît III, Nicolas I, Hadrien II, Jean VIII. Soit à la prière du clergé lésé, soit par leur initiative spontanée, sitôt qu'ils ont connaissance d'une atteinte au droit, les papes adressent aux rois des représentations. Ils les rappellent à leurs devoirs de justiciers et les invitent à faire rendre gorge à des spoliateurs ; souvent aussi ils réclament du souverain réparation d'une injustice qu'il a commise en personne, en cédant des biens d'église en bénéfice 1. Les papes ne conseillent pas; ils intiment des ordres et, repoussant toute transaction, s'en tiennent strictement aux règles canoniques.

Les premières interventions des pontifes romains dans le conflit du clergé et des laïques à propos des biens d'église, consistèrent à conférer à des églises particulières des privilèges qui devaient les mettre à l'abri des sécularisations. A la prière d'Hincmar, qui sans doute en appelle aux privilèges qu'aurait délivrés déjà à son église leurs prédécesseurs 2,

i . On ne voit pas toujours nettement si le roi est invité à réparer la faute des autres ou 'a sienne propre. Thierry de Besançon s'est plaint près de Jean VIII du fidèle de Charles le Gros, Hubon, qui a envahi les biens de l'église. Le pape invite le roi à restituer (Ep. 289, 291, Migne, CXXVI, 902, 905). L'archevêque de Reims a écrit à Etienne V « de rébus Remensis ecclesiae, quas quidam abstulerant invasores... ut ipse papa suggérât imperatori Karolo, qui jam magnam ex his partemrestituerat, ut... perficiat» (Flodoard, Hist., IV, 1, S S, XIII, 556). Peut-être le roi est-il dans ces deux cas responsable de la spoliation, peut-être a-t-elle été faite à son insu.

2. Cf. notre article La lettre interpolée d'Hadrien I à Tilpin, dans Le Moyen-âge 1913, p. 48. Dans le faux privilège d'Hadrien fabriqué avant que Benoît III n'expédie un privilège authentique à Hincmar, celui-ci ou le clerc rémois qu'il inspire, a introduit des clauses qui garantissent semblablement l'évêque et l'église de Reims contre toute violence et divisio du temporel. Ce terme de divisio. familier à Hincmar et au clergé franc, n'est pas employé dans les documents authentiques de la chancellerie îomaine.

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