MAINMISE DU PRINCE SUR L'ÉVÊCHÉ, L'ABBAYE
appellera plus tard Y episcopatus et Yabbatia. Dans le concept qui s'élabore et entre en concurrence avec l'idée ancienne d'ecclesia, le temporel occupait le premier plan. A ce compte, un laïque pouvait saisir Y episcopatus d'une église, un séculier détenir Yabbatia d'un monastère, le souverain disposer à son gré en faveur des siens des évêchés et abbayes. Charles Martel les retire en effet aux rebelles, les conserve ou les attribue à ses serviteurs laïques ou ecclésiastiques. Les rois Carolingiens n'agiront . pas autrement quand ils créeront des évêques légitimes, des abbés réguliers ou séculiers. Suivant le langage devenu courant au IXe siècle, ils leur donneront l'évêché, l'abbaye
HT. — Le pillage des biens d'église.
L'attribution de Y episcopatus, de Yabbatia à des nobles qui vivent de la guerre, qu'ils soient clercs ou laïques, entraînait déjà une vaste spoliation des biens des églises. Les évêchés, les abbayes, usurpés par les grands, cédés par le maire du palais à ses fidèles pour récompenser leurs services, sont destinés à entretenir leurs hommes, auxquels ils doivent procurer aliments, armes, chevaux. Lorsqu'un séculier prend la place d'un évêque, il faut s'attendre que dans tout le diocèse les biens donnés aux pauvres soient dépensés non plus par les prêtres mais par les compagnons d'armes du pseudo prélat ; les aumônes des pieux chrétiens seront dissipées en faveur des chasseurs, de leur meute, des femmes de mauvaise vie *. Les clercs et les moines ne trouvent plus de quoi se sustenter. A Reims, s'il faut en croire Hincmar, les quelques clercs qui restent attachés au service de l'église, sont obligés pour vivre, de se livrer à un commerce 2.
Aux dépenses de ses hommes d'armes le prélat n'affecte
i. Coll. Flavin., 44, form. citée plus haut p. 14, n.2. M.Brunner (Zur Gesch. des Gefolgswesens, dans les Forsch., 82-84) montre que les gasindi qui dépensent les revenus de ces évêques intrus sont leurs vassaux. Au terme de gasindi se subs titue au VIIIe siècle le terme de vassi, son synonyme (Cf. Deutsche Rechts gesch., 11, 261). Au IXe siècle, l'historiographe de Saint-Wandrille se lamente à la pensée que les biens aliénés par l'abbé Teutsindus servent à donner pâture aux chiens et non à nourrir les serviteurs du Christ ; au lieu de parer l'autel d'un brillant luminaire, on fabrique aujourd'hui des bracelets, des boucliers, des éperons, on revêt les selles d'or et d'argent ( Gesta abb. Fontan., 10. ; plus haut, p. 8, n. 2). La chronique de Bèze rapporte que Rémi, mis en possession par Pépin du temporel de l'église de Langres, a attribué Bèze à une femme, Angla, qui mène une vie scandaleuse. Cf. plus haut, p. 19, n. 1.
2. : « Illi quoque pauci qui erantresiduiclerici negotio victum querebantet denarios quos mercimonio conquirebant in cartis... ligabant » [Vita Rem., Préf., SS merov., m, 251),