PRELATS AUTEURS DU PILLAGE
pas seulement les revenus de son évêché on de son abbaye ; il en distrait des domaines qu'il attribue à leur entretien. Teutsindus aliéna ainsi les plus riches terres de Saint-Wandrille ; il a dérobé à la propriété des moines près du tiers des biens qu'ils possédaient et les a distribués soit à ses proches, soit aux hommes du roi. Le passage des païens, observe le chroniqueur du monastère, eut été moins funeste que l'administration d'un tel recteur ; les Sarrasins dévastent et brûlent mais n'emportent pas la terre l. Après l'usurpation du siège de Reims par Milon, raconte Hincmar, tout ce que l'église possédait de plus précieux fut enlevé, les églises et les demeures des religieux furent détruites et on partagea les biens de l'évêché 2. Il est évident que le prélat intnis est à Reims, comme il le fut aussi à Trêves 3, l'auteur principal du dommage. Suivant Hincmar, il en fut ainsi partout où les évêchés étaient donnés à des laïques ; les biens de l'église ont été par eux partagés entre leurs fidèles 4. Il semble bien qu'aux yeux de saint Boniface, les détenteurs indignes des évêchés et abbayes soient la cause de tout le mal. Boniface ne parle pas du moins d'un pillage commis en dehors d'eux ; si l'église franque est foulée aux pieds et déchirée, c'est que chez les Francs, écrit-il au pape, des laïques possèdent les églises et que des clercs les ont reçues pour en jouir séculièrement 5.
Dans bien des cas sans doute aussi, les biens des églises sont pillés par la horde des larrons, sans qu'un prélat intrus les leur distribue. Il semble que personne ne détienne les
i. Gesta abb. Fontan., 10, SS, n, 283.
2. : «De ista Remensi aecclesia non solum pretiosa queque ablata fuerunt sed et aecclesiae atque domus religiosorum destructe et res ab episcopio fuere divisae » (Vita Rem., Préf., p. 251). En interpolant une lettre d'Hadrien I à Tilpin, Hincmar ou le clerc qui écrit sous son inspiration rapporte la même tradition rémoise : « Abel ejectus est et Remensis ecclesia per multa tempora etpermultos annos sine episcopo fuit et res ecclesiae de illo episcopatu ablatae » (La lettre interù. d'Hadrien, dans Le Moyen âge, 1913, p. 350). Ce n'est pas seulement après l'expulsion d'Abel installé par saint Boniface, que l'église resta sans évêque légitime et fut dépouillée. Le rédacteur de la lettre veut dire qu'après l'expulsion d'Abel comme avant son avènement, Milon détient l'évêché et que l'église vacante, abandonnée à un intrus, est dépouillée de ses biens.
3. Suivant les Gesta Treverorum (24, SS, vin, 161-62) de nombreuses basiliques tréviroises furent spoliées au temps de Milon.
4. :« Episcopia laicis donataetper eos rébus divisa exstiterint» (VitaRem., loc. cit. et De jure metrop., 20, Migne, cxxvi, 200) ; Lettre d'Hadrien à Tilpin : « res ecclesiae de illo episcopatu ablatae sunt et perlaicos divisae sunt sicut et de aliis episcopatibus » (loc. cit.). Rémi, pourvu en tout ou en partie du temporel de l'église de Langres, en distribue semblablement les biens à ses partisans {Chron. Besuense, cité plus haut, p. 19, n. 1).