‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 292 sur 1164 · INTERVENTIONS D'HADRIEN II, DE JEAN VIII · texte numérisé non relu

INTERVENTIONS D'HADRIEN II, DE JEAN VIII

usurpations commises par les souverains d'autrefois. Ils réclament restitution intégrale des propriétés ecclésiastiques, du fruit des rapines de la veille, comme aussi des biens dont les églises sont privées depuis longtemps 1, car l'iniquité perpétrée jadis, n'a pu être effacée par l'effet du temps.

Comme Nicolas I, Hadrien II réclame du roi restitution en faveur des églises particulièrement éprouvées ; vis-à-vis de l'arbitraire royal il a pris parfois une attitude plus énergique encore que celle de son prédécesseur. Au temps des démêlés d'Hincmar deLaon avec le roi, au sujet des biens de l'évêché, dont Charles a disposé en faveur de ses fidèles, le pape lui écrira, à la requête de l'évêque, une lettre de reproches. Elle est conçue en des termes qui portent, dira le roi, une telle atteinte à son honneur que jamais aucun roi des Francs n'en a reçu de semblable du siège apostolique 2. Jean VIII réclame aussi près des souverains et des grands en faveur des églises spoliées 3. Ses successeurs interviendront encore, quoique plus rarement, soit auprès des monarques, soit auprès des ceigneurs héritiers des prérogatives royales, pour leur faire restituer les biens ravis aux églises 4.

C'est parfois aussi aux prélats que le pape s'adresse pour les presser d'agir. Hincmar de Laon se déclare obligé par le pape de remplir son ministère. Il lui fait un devoir, dit-il, de faire rentrer tous les biens qui ont été distraits du temporel de son église, de jeter l'anathème sur ceux qui en détiennent les biens par commandement du roi 5. Ou bien, le pape convie

i. Hadrien II écrit à Charles au sujet de l'église de Tours : « res etiam quae de. eadem ecclesia noscuntur fuisse et olim sunt abstractae, precamur vos idem resti-tuere» (Mansi, XV, 856). Quand le pape prie le roi de donner à l'église des biens qui" soient à l'abri des déprédations des païens, il se préoccupe de pertes récentes imputables aux Normands et dont Charles n'est aucunement responsable ; mais les biens dont il demande la restitution sont ceux qui ont été enlevés olim, probablement sous les premiers Carolingiens.

2. : « talem in meam contrarietatem et inhonorationem, qualem a sede apostolica nullus autecessorum meoruni regum Francorum accepit » (Conc. Duziac, I, Petitio régis, Mansi, xvi, 580). Cf. plus haut, p. 179, n. 9.

3. Les interventions de Jean VIII ne sont pas aussi nettement dirigées contre l'abus fait par les rois. Il reprend le comte Boson qui a donné en bénéfice à l'un de ses fidèles une villa enlevée à un monastère de l'église romaine (256,257, col. 880 et 881). En 880, il prie Charles le Gros de faire restituer à l'église de Besançon des biens qu'un fidè'e du roi a envahis (289, col. 902). Visiblement, les grands spolient les biens d'église de leur seule initiative et ce n'est plus d'ordinaire le souverain qu'il convient d incriminer. • ■

4. Jean X écrit à ce sujet à Raimond II de Toulouse {H L, III, 93). Foulques de Reims prie Etienne V d'intervenir près de Charles le Gros (cf. p. 251, n. 1).

5. Hincmar de Laon a déclaré « quia non posset demittere ut homines suos qui res de sua ecclesia tenebant per potestatem et verbum régis, don excomm un î caret, .'.-. hoc ei reniandavit donnais apostolicus ut prius inde fecisset suuin ministerium » (Hincmar de Reims, Liber expost., 18, Migne, CXXVI, 5yi). r ■-. \ . : ■•

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