LA PAPAUTÉ PROSCRIT L'ABBATIAT LAÏQUE
les collègues du prélat frustré à lui venir en aide contre les spoliateurs. Jean VIII recommande aux évêques, dans le diocèse desquels sont situés les domaines de Saint-Maurice de Tours, d'admonester les comtes et leurs subordonnés qui retiennent ces biens soit de leur propre autorité, soit sous le couvert du pouvoir royal 1.
Soucieux de faire respecter les canons qui régissent les élections épiscopales, les pontifes de la deuxième moitié du IXe siècle ne paraissent pas s'être insurgés contre le don fait de l'évêché par le roi, quand les formes électorales régulières ont été observées. Mais ils condamnent l'attribution des abbayes à des laïques, chaque fois sans doute qu'elle leur est signalée.
Tel était l'objet d'une remontrance qui parvint à Charles le Chauve peu de temps avant le mois d'Août 856, sous la forme d'une lettre de Benoît III aujourd'hui perdue, dont le roi donna connaissance aux évêques à l'assemblée de Bonneuil 2. Hincmar y fait allusion quand, deux ans plus tard, il rappelle que Charles a été repris non seulement par les évêques mais par le siège apostolique, de la faute qu'il avait commise en livrant des monastères à ses fidèles laïques 3. Benoît III faisait tomber le blfime partiellement sur les évêques qui, comme le leur reprochait le concile de Meaux, favorisent par leur silence ceux qui jettent le désordre dans les monastères 4.
Aux yeux de Nicolas, un monastère attribué à des laïques est par là voué à la ruine 5. Aussi le diplôme qu'il délivre, en 863, aux moines de Corbie, à la prière du roi Charles, renferme
1. Ep. 157, 158 (col. 800 et 801). Les évêques inviteront les envahisseurs à restituer ; il n'est pas ici question du roi. A cette date en effet (878), les pillards se passent le plus souvent de l'acquiescement et du don royal.
2. : « Increpatio, quam in epistola domni apostolici vobiscum et cum aliis fidelibus » {Cap., II, 424). Nous ne savons à quelle occasion elle fut écrite. Peut-être des moines ou des évêques se sont-ils plaints auprès du pontife romain.
3. Ep. syn. Carisac., 8 : « Monasteria... quae ...frater vester... talibus, sicut scitis, personis commisit, debito privilegio restituite. Nam idem frater vester et divina inspiratione et sacerdotali redargutione et etiam ab apostolica sede commonitus, ex aliqua parte... correxerat ; quae autern adhuc incorrecta erant, quomodo emendare posset saepe gemebundus quaerebat » (p. 434). Le texte de l'assemblée de Bonneuil ne précise pas que V increpatio portait sur l'attribution des monastères à des laïques; mais les monita des évêques qui s'ajoutent à ceux du pape, concernent l'état des monastères : on peut en conclure que l'increpatio pontificale avait aussi cet objet. La lettre d'Hincmar nous apprend d'ailleurs que Charles avait été réprimandé par le pape pour avoir livré les monastères à des indignes. Écrivant deux ans après la réunion de Bonneuil, Hincmar fait évidemment allusion à la même lettre tent les évêques à de Benoît III.
4. Conc. Meld., plus haut, p. 226. Voir plus loin, p. 261, la défense que présentent les évêques à Bonneuil.
5. Attribuant à l'évêché de Beauvais des monastères précédemment tenus en mains séculières, il déclare : « nec spes ulla restât restitutionis illorum si,., reposita fuerint in saecularium manus » (Migne, CXIX, 814),