BÉNÉFICES CÉDÉS PAR LES SPOLIATEURS
évêchés de Lyon et de Vienne et qu'une nuée de pillards s'abatte sur le temporel de ces églises à la faveur de la vacance du siège L. Vers 739, un alaman du nom d'Ardingus a spolié Saint- Victor de Marseille 2 ; rien n'indique qu'il en ait reçu Yabbatia. A Montiérender, on gardait souvenir qu'au temps de Charles Martel les guerres civiles ayant ruiné les noblesla plupart des églises furent réduites au plus complet dénué, ment ; leurs propriétés furent distribuées, terres, serfs et jusqu'aux vases précieux du trésor. Pour ne pas être complètement dépouillés, les moines auraient revêtu des armes par dessus leur froc et résisté aux brigands 3. Lantfrédus, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui, envoyé par Charles Martel en Aquitaine, y est retenu trois ans prisonnier, trouve à son retour, après la mort de Charles, que tout en son absence a été dissipé 4. Un moine aquitain représente saint Oustrille demandant justice contre quatre personnages et une foule d'autres qui ont pillé et détruit les maisons de Dieu, qui oppriment les demeures des saints et ont enlevé les subsistances de leurs serviteurs 5. Le grand qui, sans pouvoir prétendre à la jouissance du patrimoine entier d'une église, en a arraché un large morceau, distribue, lui aussi, le produit de ses rapines à ses fidèles. Ardingus a cédé à son vassal Hinnibert le bien ravi à Saint- Victor.
Quand un bien d'église est cédé par quelque gros larron à un plus petit, le bénéfice règle leurs relations réciproques mais ne crée aucun titre en faveur de l'église dépossédée. Les détenteurs laïques d'un évêché, d'une abbaye, qui cèdent à leurs hommes un bénéfice aux dépens de l'église envahie, ne réservent pas davantage ses droits 6. C'est parce que d'or-