HOMMES DE L'ÉGLISE INVESTIS PAR ORDRE DU ROI
sentât une seule fois devant lui au cours de trois années V A un autre, des biens ont été donnés par la puissance royale ; et voici onze ans, qu'allant et venant partout à sa guise, il n'a pas daigné une fois venir trouver l'évêque 2. Quelques-uns de ses hommes, écrit Hincmar, tiennent des biens de son église par le pouvoir et par l'ordre du roi ; l'évêque leur a mandé de venir le trouver, attendu qu'il voulait entrer avec eux en conversation au sujet tant du service du souverain que de leurs obligations envers l'église ; ils ne se sont pas présentés 3. Ils n'admettent pas que l'évêque ait le droit de les frustrer de biens dont ils ont été investis par ordre du roi. Dépouillés par le prélat, ils réclament auprès du souverain. Eloi apporte luimême à l'évêque la lettre rovale qui ordonne de le remettre en possession de son bénéfice. Invité à se présenter de nouveau le lundi suivant devant l'évêque, son seigneur, qui examinera l'affaire avec ses fidèles, Éloi répond qu'il n'y a pas lieu pour lui de se prêter à cette discussion et d'en attendre le résultat, puisque déjà le roi lui a rendu son bénéfice. Aussi s'est-il mis en possession et le domaine est occupé par lui an temps où l'évêque présente sa plainte 4.
Hincmar de Laon proteste d'ailleurs contre la liberté prise par le roi, à une époque de détresse, de lui recommander malgré lui un si grand nombre d'hommes qu'il lui a fallu pourvoir de bénéfices. A l'entendre, cette acquisition forcée constitue pour son église une telle charge qu'il n'est plus en état de rendre au roi les services accoutumés 5. Tel homme n'a pu obtenir de son prédécesseur un seul manse appartenant à l'évêché de Laon, et voici que des biens qui nourrissaient l'évêque et
i. : « Praeterea et res quœ luminaria ecclesiae ministrabant ei dantur, quem neque per très annos ad me ut veniret impetrare quivi » (Migne, CXXIV, 1029). Il faut sous-entendre « potestate regia daniur », car il s'agit du personnage signalé dans une phrase précédente (citée p. suiv.. n. 1) comme pourvue par autorité royale.
2. : « Alii quoque regia potestate dantur qui, ecce per unde undecim annos, hue illucque pro suo libitu deambulans, ad me nec semel venire dignatus est » (loc. cit.). Son fils devait servir pour lui l'église ; mais il ne lui a rien donné pour son entretien et comme l'évêque n'avait pas de quoi pourvoir celui-ci d'un bénéfice, il a quitté le prélat.
3. Missaticum apporté à Hincmar de Reims, 4 : j Et mandat vobis, quia et alias res de sua ecclesia tenent sui homines per potestatem et per verbum régis et mandavit suos homines ad se venire praeterita die sabbati et voluit considerare de servitio régis et de illa opéra ad suam ecclesiam ; et illi non venerunt » (Migne, CX XVI, 495)-
4. : « Et meus senior illi respondit ut reveniret die Lunis et inde consideraret cum suis fidelibus et tune illi responderet ; ipse autem dixit quod hoc exspectare non debuisset, quia rex illi eum beneficium reddidit et intravit ibi et tenet illum » (loc. cit.).
5. : « Nec modo habeo unde... mihi ad servitia sua peragenda necessaria prœparem ; et... non possum illi temporale reddere servitium » (Migne, CXXIV, 1029).