CONCLUSIONS DE LA PREMIÈRE PARTIE
ment sous une forme nouvelle du temporel ecclésiastique. L'église, dont la royauté détournait et consommait les ressources, s'émancipe et s'organise pour remplir les charges profanes qui lui sont imposées, mais sous sa propre initiative et sa libre direction, en échappant par conséquent aux sécularisations que prononçaient précédemment les rois en faveur de leur milice. Elle groupe autour d'elle des milites qu'elle entretient et qui la servent et achève ainsi de constituer la seigneurie ecclésiastique.
L'éclipsé de l'autorité publique qui sert à certains égards les intérêts temporels des églises, les expose aussi à de graves préjudices. Les rois perdent la faculté de séculariser les biens d'église, évêchés et abbayes leur échappent ; mais les églises et leurs biens sont, la proie que se disputent les grands laïques. Dans l'anarchie sociale qui étend de plus en plus ses ravages, si la mïlitia constituée autour de la personne de l'évêque et de l'abbé est la seule garantie dont jouissent les églises, cette petite armée féodale ne peut les protéger contre toutes les convoitises qui font le siège des seigneuries ecclésiastiques et elle y ajoute les siennes propres, vis-à-vis desquelles il n'est pas de recours.
Nous avons marqué les étapes de la sécularisation des églises et biens d'église que conduisirent et dont bénéficièrent les Carolingiens. La phase initiale est contemporaine de Charles Martel ; c'est celle où l'envahissement des églises et la mise au pillage de leurs biens ne sont soumis à aucune règle, où l'intervention du prince dans la curée n'a d'autre but et d'autre effet que d'en écarter ceux qu'il ne reconnaît pas pour siens et de réserver à ses seuls fidèles les églises et leurs dépouilles.
La réforme qu'entreprend saint Boniface à l'invitation et avec l'appui de Carloman et de Pépin aboutit à une transaction : la sécularisation des biens ecclésiastiques est arrêtée ; mais il n'est fait restitution que d'une part ; pour le reste on ordonne que des précaires soient souscrites par l'occupant ; à sa mort, si le prince le juge nécessaire, les biens passeront dans les mêmes conditions à un autre fidèle. Quant au gouvernement, à la jouissance de l'église et de son temporel, l'évêché, l'abbaye, comme on l'appellera bientôt, le prince continue de l'attribuer à des évêques légitimes, à des abbés réguliers, séculiers ou laïques qu'il choisit à son gré. Cette incomplète réformation constitue une pause dans l'envahissement des églises et de leurs biens par le pouvoir séculier.