‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 33 sur 1164 · PRÉCAIRES CONCÉDÉS PAR LE PRÉLAT · texte numérisé non relu

PRÉCAIRES CONCÉDÉS PAR LE PRÉLAT

dinaire l'occupant ne les avait pas reconnus que plus tard les synodes réformateurs ordonneront de souscrire partout des précaires en faveur des églises. En 751, Pépin fait rendre à l'église du Mans un lot important de domaines que l'évêque Gauziolène cède en précaire par son ordre à son fidèle Vulsindus *. Vraisemblablement ces biens avaient été ravis au temps de Charles Martel et Pépin ordonnait de procéder à la reconnaissance des droits de l'église.

Parfois aussi le prélat a eu souci d'observer des formes régulières. Tel l'abbé de Saint-Wandrille, Teutsindus, qui tout détestable administrateur qu'il se soit montré, fut peut-être un abbé régulier 2. C'est sous la garantie, illusoire d'ailleurs,, d'un acte de précaire qu'il distribua si largement les biens de son monastère. Au comte Ratharius, il ne livra pas moins de 29 villae, mais en vertu d'un précaire souscrit par le bénéficiaire le 5 Mai 734 et moj^ennant un cens de 60 sous qui ne cessa d'être payé que quelque 20 ans plus tard, au temps de l'abbé Widolaicus et du roi Pépin 3. Le bénéfice que le même Teutsindus consentit en qualité d'abbé de Saint-Martin de Tours à son chambrier 4, appartient sans doute aussi à la catégorie des concessions en précaire qui souvent, à l'époque mérovingienne, sont accordées par les prélats à des clercs comme à des laïques 5.

Ces précaires furent peut-être délivrés sur un ordre venu

siarum... ab his qui loca episcoporum occupaverant » (21, Cap., n, 403). Toutefois les laïques usurpateurs d'évêchés préféraient sans doute céder à leur vassi soit en toute propriété, soit à titre de bénéfice tenu exclusivement d'eux-mêmes les biens d'une église dont ils n'embrassent en aucune manière les intérêts et qu'ils se soucient seulement de dépouiller à leur profit.

1. Précaire de Vulsindus : « villas... ad ipsam ecclesiam reddere jussit (Pipinus), et postea per verbum domno nostro Pipino mea fuit peticio et vestra decrevit voluntas ut ipsa locePa per vestra bénéficia... mini tenere permisistis » (Gesta Aldrici, éd. Charles, 178).

2. Suivant les Gesta (10, p. 282), il était « pater coenobii sancti Martini Turonensis », quand il obtint l'abbaye de Saint-Wandrille. Ribbeck (p. 43) estime qu'à la différence des évêchés, les abbayes pouvaient avoir des laïques ou des séculiers pour abbés effectifs « als wirkliche Aebte ». Le fait que par la suite il y eut encore des abbés laïques ou séculiers, alors qu'après la réforme il y eut partout des êvêques légitimes, ne prouve pas qu'un tel abbé ait eu une condition différente de celle d'un évêque laïque. L'un comme l'autre pouvait seulement disposer du temporel et faire fonction d'administrateur. Vraisemblablement Milon disposa de son abbaye de Mettlach comme de ses évêchés de Trêves et de Reims. Il est possible, comme le conjecture Ribbeck, que les évêques légitimes qui se maintiennent encore, aient comme Teutsindus consenti des précaires semblables.

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