LES ÉTAPES DE LA SÉCULARISATION
Arrêtée au temps où Boniface tente de restaurer la discipline canonique, la sécularisation des biens ecclésiastiques est reprise d'une manière méthodique par Pépin sitôt qu'il a^saisi la couronne. Elle se poursuit pendant tout le règne de Charlemagne. Non seulement les deux premiers rois carolingiens disposent à leur gré des abbayes et évêchés, mais d'une part ils en consument les ressources en imposant un dispendieux service au prélat leur fidèle, d'autre part ils les démembrent en cédant en bénéfice à leurs milites des biens d'église. Toutefois, dans le même temps où Pépin et Charlemagne recommencent à tailler en terres d'église les dotations de leurs fonctionnaires et de leurs soldats, ils règlent et limitent la dépossession, se préoccupent de nantir les églises expropriées de gages plus étendus et plus solides, instituent en leur faveur, en plus des précaires et des cens, la charge de la double dîme et obligent les bénéficiers à contribuer à l'entretien des bâtiments ecclésiastiques.
Le règne de Louis le Pieux constitue un second temps d'arrêt. L'empereur s'engage à ne plus diviser le temporel des églises. Il s'attache à diminuer le fardeau que son service impose à des monastères trop pauvres pour en supporter le poids Les autres églises restent grevées des charges publiques. Abbayes et évêchés demeurent d'ailleurs à la disposition de l'empereur, les sécularisations de biens ecclésiastiques déjà faites ne sont pas rapportées.
La pratique en est renouvelée par les héritiers de Louis le Pieux dans des royaumes amoindris par leurs partages ; maintes abbayes épargnées jusque là tombent en mains séculières et laïques. Le service royal pèse plus lourdement encore sur les églises ainsi dépouillées. C'est la troisième phase des sécularisations qui se poursuit jusqu'à la fin de l'âge carolingien.
En dépit des prescriptions de Louis le Pieux, les rois sont revenus à ces pratiques ruineuses pour les églises et qu'ils tiennent eux-mêmes pour condamnables, parce qu'ils s'affaiblissent et ne peuvent autrement procurer à leurs serviteurs le supplément de bénéfices réclamé et exigé. La royauté violentée elle-même devient de moins en moins responsable des spoliations qui atteignent les églises. A la fin de l'époque carolingienne, on verra se renouveler en sens inverse l'évolution qui s'était produite aux débuts de cet âge. Évêchés, abbayes, sont en partie usurpés par les grands seigneurs ; les biens d'église sont convertis à leurs usages et dévastés par l'immense armée des pillards et maraudeurs que ne contient plus aucune autorité. Sous Charles Martel, le pouvoir central travaillait à