PÉRIODES DE SILENCE ET DE PROTESTATION
endiguer, à canaliser à son profit le torrent des sécularisations que l'aristocratie franque avait spontanément déchaîné et tous les Carolingiens se sont efforcés de rectifier et de consolider cet ouvrage. Il vint un temps où les barrages établis par eux et dans leur intérêt furent emportés, où les églises cessèrent d'être à la fois protégées et sacrifiées par les rois et où pour se défendre contre l'envahissement des séculiers, elles ne purent plus compter que sur elles-mêmes, sur leurs propres forces et les ressources de leur temporel, qu'elles mettent en œuvre, à cet effet, au sein de la société féodale naissante.
Au cours des temps où les Carolingiens dirigent et contiennent la sécularisation, on voit après chaque point d'arrêt se modifier l'attitude de ceux qui commettent ou qui subissent ces coups de force. Au lendemain de la réforme de saint Boniface, l'organisation apparaît dans la violence, qui de nouveau s'est donnée cours aux dépens des églises. Pépin et Charlemagne donnent à la spoliation un caractère mesuré, méthodique et régulier qui s'accentue de plus en plus. La législation des Capitulaires n'a plus cessé d'introduire de l'ordre jusque dans le rançonnement des églises, d'instituer des garanties, des compensations... Le droit commun et les privilèges, établissent et maintiennent équilibre entre les besoins des églises et ceux du royaume.
Le temps où Louis le Pieux tente de mettre un terme aux sécularisations est aussi celui où, après un long silence le clergé et les moines commencent à élever des protestations contre les atteintes portées à la discipline ecclésiastique dans le domaine du temporel. L'église franque qui, au temps de Pépin, de Charlemagne, comme sous le principat de Charles Martel, a supporté sans murmures l'asservissement des églises et la profanation de leurs biens, ne cessera plus désormais de détester le joug et cherchera à le briser. Nous avons entendu d'abord sous Louis le Pieux des voix isolées, celles d'Agobard, de Wala, s'élever contre la mainmise des séculiers sur les églises et sur les biens d'église. Puis l'épiscopat enhardi proteste en corps, contre les usurpations que les Carolingiens, affaiblis par leurs partages, commettent aux dépens des églises afin d'entretenir leur milice ; le clergé entre en conflit avec l'aristocratie laïque bénéficiaire de l'abus dont est victime la propriété d'église. La papauté joint ses remontrances à l'adresse des rois et des grands aux plaintes de l'épiscopat, du clergé et des moines lésés. La fermentation des esprits et l'échec des programmes de réforme élaborés par les conciles donnent naissance et assurent un immense retentissement à des collections de décrétales et