ANCIENNE ET NOUVELLE DISCIPLINE
de capitulaires apocryphes qui restaurent la discipline violentée. Des plumes ecclésiastiques stigmatisent le vol sacrilège, narrent les châtiments infligés aux larrons, aux princes qui divisent les biens des églises. Sur les problèmes agités, des visionnaires proposent, comme les faussaires, leurs solutions. Au cours du IXe siècle, ce mouvement de protestation n'a pas réussi à épargner aux abbayes le fléau des abbés laïques ; les rois accroissent sans cesse le nombre de celles qu'ils dévouent à constituer des bénéfices. Leurs exigences grandissent aussi à l'égard des services et charges réclamés par eux des prélats et des églises. Toutefois sur l'article des sécularisations de biens ecclésiastiques, une sorte de transaction est entrevue. En dépit de leurs répugnances à accepter le fardeau, les chefs des églises se sont finalement résignés à consacrer une part des biens à l'entretien d'une milice, mais à- la condition que les béné liciers soient des hommes de l'église et du prélat, non plus ceux du roi ou d'un seigneur laïque. Ainsi se constitue, à la place des fidèles du roi possessionnés en biens ecclésiastiques, le groupe des vassaux de l'église ; la seigneurie d'église achèvera de s'organiser sur cette base.
A l'égard des églises et des biens d'église, les Carolingiens ont pris, nous l'avons vu, des attitudes assez diverses. Les uns n'ont songé qu'aux intérêts de leur pouvoir, de leur maison, de leur milice, d'autres ont institué des compensations, accepté des adoucissements; sur certains points, à certains moments, l'envahissement de la puissance des séculiers a été ralenti, parfois même arrêté, pour être ensuite repris et activé. Les pratiques brutales de Charles Martel, les intentions généreuses de Carloman, les calculs de Pépin, la maîtrise exercée par Charlemagne, les réformes de Louis le Pieux, les embarras que ses fils et petits-fils cherchent à conjurer aux frais des églises, présentent dans l'histoire des sécularisations des nuances et des périodes bien tranchées. Mais, sur un point, les souverains s'accordent tous. Aucun n'a voulu, accepté et poursuivi le rétablissement immédiat et complet de l'ancienne discipline ecclésiastique.
A vrai dire, personne peut-être ne réclamait le retour pur et simple aux anciennes règles. Les détenteurs séculiers des charges ecclésiastiques étaient de connivence avec Charles Martel. Boniface a expérimenté très vite la mesure que les princes et les Francs entendaient garder dans la réforme. Le clergé, au temps de Charlemagne, se tait et obéit. Si les voix s'enhardissent par la suite, les réformateurs reculent devant