LA DONATION AU ROI GARANTIT L'AUTONOMIE
rci est bien constitué propriétaire, puisqu'on lui demande de céder le monastère ou plus exactement Yabbatia du monastère au fondateur. Celui-ci a renoncé au droit de propriété pour devenir simple occupant. Il tiendra l'abbaye par le bienfait du roi, de même que dans le récit de Walafrid Strabon, Otmar, abbé de Saint-Gall par la volonté du propriétaire, reçoit par l'autorité du roi le gouvernement du monastère quand Waltramnus en a fait don à Pépin.
On ne croit pas pouvoir régler la condition d'un monastère et en garantir la pleine indépendance en faisant simplement donation aux abbés qui se succéderont et à la communauté. C'est après avoir remis le monastère aux mains du roi, qu'on prend soin parfois de le donner aussi à l'abbé et aux moines. Ainsi Saint-Chaffre a été offert en propre à Louis-le-Pieux par le comte Bérenger ; aussitôt après, le pieux César l'a livré et consigné aux mains des moines, de l'abbé Bodon et de ses successeurs, pour le gouverner et y vivre régulièrement à toujours 1. Mais ce don impérial ne fait pas disparaître le droit du roi ; Saint-Chaffre était devenu un monastère du roi et n'a pas cessé de l'être. Il ne pouvait passer au rang des propriétaires libres et pleinement autonomes qu'à la condition de relever du roi, d'être exclusivement sous son dominium et d'obtenir par là la condition enviée de monastère royal 2. Aussi le fondateur d'un établissement monastique, soucieux d'en assurer la parfaite autonomie, croyait-il devoir en faire cession au souverain.
Au Xe siècle, à une époque où l'usurpation fait passer au pouvoir des grands un grand nombre de monastères royaux, on estime encore qu'il est nécessaire, pour sauvegarder la pleine indépendance d'un établissement, de le mettre aux mains du roi. A la prière d'Albert de Vermandois et du vassal de ce comte, Ilbert, Louis IV accorde son concours à la réforme qu'ils ont entreprise du monastère d'Homblières. En conséquence, Ilbert rendit à son seigneur, le comte Albert, l'abbaye qu'il possédait en bénéfice. Le comte la remit au pouvoir du monarque, à la condition qu'un précepte de l'autorité royale assurerait la jouissance de l'abbaye à un abbé régulier, en
en qualité de fondateur et constructeur, tiendra d'un don du roi Vabbatia, le gouvernement du lieu.
i. Dipl. de Pépin II d'Aquit., 845 : « Berengarius ipsum locum... Ludovico... avo nostro ad habendum in proprium obtulerit et ipse postmodum pius Caesar... monachis in eodem loco degentibus et Bodoni abbati, hujus scilicet Galterii antecessori corumque successoribus, ad gubernandum atque perenne regulariter vivendum jure proprio tradidit et consignavit » (128, col. 270).