NOMBRE CROISSANT DES ÉGLISES PROTÉGÉES
Le nombre des églises placées en vertu d'un privilège spécial sous le mainbour du palais était restreint à l'origine. Seuls étaient aptes à s'en faire délivrer les monastères d'origine fiscale, ceux dont la propriété était expressément cédée au roi, ceux qui lui étaient spécialement recommandés et qu'il consentait pour cette raison à assimiler aux premiers pour la jouissance du mainbour du palais. A partir du règne de Louis le Pieux, la classe des églises protégées par le roi s'est considérablement accrue, puisqu'elle comprend tous les établissements qui jouissaient traditionnellement de l'immunité ou qui pouvaient y prétendre. A la seule condition de trouver près du roi des intercesseurs en crédit, moines et chanoines se font délivrer un diplôme qui les place sous la défense et l'immunité du roi. La renommée d'un sanctuaire, la piété des rois qui souhaitent se concilier les faveurs d'un saint, suffisent à procurer à l'établissement religieux un diplôme de protection. Saint-Martin de Tours n'avait évidemment besoin d'autre titre à la délivrance d'un diplôme de tuitioimmunitas que les vertus et les miracles de son saint patron. Il suffit qu'un abbé soit influent au palais pour en rapporter le privilège convoité. Richefroid, abbé de Saint-Chinian, a fait confirmer par Charles le Chauve le diplôme de Louis le Pieux qui assurait la défense royale au monastère édifié par les soins de cet empereur. Mais Richefroid gouvernait aussi un autre monastère, Saint-Estève, sur l'origine duquel nous n'avons aucun renseignement et qui ne possédait pas de diplôme de protection. L'abbé a obtenu que la défense royale couvrît ses deux monastères et toutes les clauses qui la définissent sont applicables à l'un comme à l'autre \
Sous les premiers Carolingiens, le mainbour du palais ne couvre que des monastères et des basiliques. Quand la protection royale s'associa nécessairement à l'immunité, le privilège fut indifféremment octroyé aux églises épiscopales ou monastiques 2. Les unes et les autres sont aptes désormais
Louis le Pieux confirmait au monastère d'Altaich la protection accordée par son père et l'établissait « sub sermone tuitionis nostrae » (Mon Boica, XI, 103) ; le 21 avril 857, Louis le Germanique confirme de nouveau le privilège de Charlemagne et celui du duc Tassilon suivant la formule del'emunitatis defensio, (p. 115).
1. 5 juin 844 ; « praefata monasteria sub nostra speciali semper tuitione (nos successeurs) retineant » [H L, II, Pr., 113, col. 235).
2. Le seul diplôme de tuitio dont puisse s'autoriser une église épiscopale avant Louis le Pieux est celui qui fut délivré par Charlemagne aux évêques de Coire, recteurs de la Rhétie et au peuple qui les élira ^B M 158), diplôme qui a un caractère tout à fait exceptionnel. Les diplômes de Louis le Pieux en faveur des églises de Mâcon (B M 550), Cambrai (612) confirment des diplômes de Pépin et