‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 40 sur 1164 · I. — Le sort des évêchés et abbayes · texte numérisé non relu

I. — Le sort des évêchés et abbayes

La réforme religieuse qu'entreprennent Pépin et Carloman et que dirige à leur invitation le missionnaire anglo-saxon saint Boniface est associée aux destinées du temporel ecclésiastique. Si l'on veut épurer le clergé, rétablir la discipline dans les cloîtres, éclairer la religion d'un peuple laissé sans pasteurs, il faut commencer par mettre un terme à l'intrusion des laïques et de clercs indignes dans les charges ecclésiastiques, reconstituer en faveur des églises ruinées le temporel qui assurera la subsistance des pontifes, des clercs et des religieux. Le renouvellement spirituel de l'Église des Gaules exige que l'édifice temporel désaffecté et profané soit retiré des mains impures qui le détiennent, remis en la possession des véritables serviteurs de Dieu et qu'il assure le fonctionnement normal de tous les services auxquels étaient précédemment consacrés les biens ecclésiastiques.

C'est bien suivant une telle méthode que Carloman promettait à Boniface et se proposait effectivement de corriger et d'amender, autant qu'il était possible, la condition faite à l'Église et à la religion foulée aux pieds et saccagée depuis tant d'années. Mais le prince le mieux disposé pour la cause de la réforme sentait qu'il serait malaisé de réagir contre des habitudes invétérées ; il osait seulement se promettre d'y apporter quelque remède 1. Trop d'intérêts étaient attachés aux abus faits du temporel ecclésiastique, pour qu'on pût le dégager de toutes les griffes qui se sont abattues sur lui et qui déjà l'ont mis en pièces. Les causes qui avaient entraîné une spoliation profitable au souverain comme à ses serviteurs, subsistaient toujours. Si le pouvoir des Carolingiens s'est affermi, il leur faut encore payer de coûteuses et précaires

r. Bonif. ep. 50 : « Carlomannus promisit se de aecclesiastica religione, quae jam longo tempore, id est non minus quam per sexaginta vel septnaginta annos, calcata et dissipata fuit, aliquid corrigere et emendare velle » {Ep., m, 299) .

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