VICISSITUDES DE LA RÉFORME
fidélités, entretenir une armée dont les services sont sans cesse requis, stipendier l'aristocratie militaire dont l'obéissance fait leur force et compter avec ses exigences
Aussi, tandis que le réformateur anglo-saxon, champion de la pure discipline des canons, en poursuit l'idéale restauration, elle est combattue par les vues intéressées des grands et des princes eux-mêmes. Pour une part qui varie suivant les régions et les temps, les successeurs de Charles Martel sacrifient comme lui évêchés, abbayes, biens d'église à des besoins qui sont pour l'époque l'équivalent de la raison d'État. Dans la mesure où elle intéresse le temporel ecclésiastique, la réforme a suivi une marche inégale, qui comporte des arrêts, des reculs. Du pieux Carloman qui commande dans la portion orientale des pays Francs et qui avant son frère a pris l'initiative d'appeler Boniface à l'aide, celui-ci obtiendra des promesses que Pépin plus circonspect ou moins zélé ne lui a jamais faites. Carloman lui-même au reste dut revenir très vite sur ses premières intentions et réduire l'effet d'une bonne volonté entière mais impuissante à remonter un invincible courant. Autre fut le programme transactionnel adopté, non sans retouches successives par les princes, au cours des synodes de réforme, sous l'inspiration de Boniface, et autre fut l'exécution qui, en dépit des restrictions apportées au plan primitif, ne répondit pas aux décisions arrêtées.
C'est l'envahissement des charges ecclésiastiques par des laïques et des clercs indignes qui scandalise au plus haut degré le missionnaire anglo-saxon. Son principal souci sera de donner au peuple chrétien de vrais évêques et des prêtres de bonnes mœurs, aux moines des abbés attachés à la même profession et à leurs devoirs. Les ordonnances promulguées en synode par les princes parurent tout d'abord lui accorder pleine satisfaction. Au premier concile austrasien, le 21 Avril 743, Carloman décide que les faux prêtres, diacres et clercs fornicateurs seront privés de la jouissance des biens d'église, dégradés et condamnés à la pénitence. Le Ier Mars de l'année suivante, le synode d'Estinnes dépose et réduit à la condition de pénitents les clercs fornicateurs et adultères qui souillent les saints lieux et les monastères tenus par eux *. Pépin a
1. Karlm. cap., i : « Falsos presbiteros et adulteros vcl fornicatores diaconos et clericos de pecuniis ecclesiarum abstulimus et degradavimus et ad poenitentiam coegimus » {Cap., 1, 25) ; Cap. Lipt., i : « Fornicatores et adulteros clericos qui sancta loca vel monasteria ante tenentes coinquinaverunt, praecipimus inde tollere et ad poenitentiam redigere » (p. 28). Nous avons indiqué {La Hiérarchie épiscopalc, 38 et 43 n. 2) les raisons qui rendent plus plausible la date de 743 proposée par Loofs {Zur Chronologie, 9) pour le concile germanique et celle de 744 pour le synode d'Estinnes,