‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 442 sur 1164 · ÉVÊCHÉ DONNÉ APRÈS ÉLECTION · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ DONNÉ APRÈS ÉLECTION

sièges épiscopaux n'ont été assignés par les Carolingiens à des laïques. Hincmar déclare que les évêchés ne sont pas à tel point bénéfice et propriété du roi qu'il puisse les donner à qui il veut 1. Le roi ne doit remettre l'évêché qu'à un clerc canon iquement élu. Mais l'évêque régulièrement élu ne recevra son évêché que par le don du roi 2. Dès la seconde moitié du IXe siècle, la tradition de Y episcopatus par le roi apparaît figurée par la remise qu'il fait lui-même aux mains de l'évêque du bâton pastoral 3.

Au reste l'exercice du droit électoral du roi a presque abattu la faible barrière qui contenait l'arbitraire collation de? évêchés. Le souverain les attribue à des évêques, que'nfait il a choisis souvent lui-même et parfois désignés seul 4, en parti-

i. Cf. plus haut, p. 79, n. 5.

2. Cf. Imbart de la Tour, Les élections épiscop., 88.Drogon a été élu à Metz (Ann. Einh., 823, SS, I, 210) ; on a vu (p. préct'd., n. 2) que, suivant Thégan, l'empereur lui a donné l'évêché. Willebert a été élu en 868 à Châlons (cf. Procès verbal de l'examen canonique, Mansi, XV, 861-862) ; suivant une lettre d'Hincmar analysée par Flodoari (Hist., III, 23, SS, XIII, 530), le roi a donné Vepiscopium de Chalons à Willebert, à la suite de cette élection. En 900, Hérivée est promu archevêque de Reims « episToporum consensu, Remensium conibentia,... régis donatione» (Richer, Hist., I, 19, SS, III, 575) ; Adelelm devient en 921, évêque de Laon par le consentement des évêques, « ab rege donatum » (26, p. 578). En 931, les cives de Reims, dociles aux ordres du roi, acceptent pour évêque Artaud, qui est consacré « regali donatione » (61, p. 585). Après le couronnement de Louis d'Outre-mer à Laon, «episcopatus Laudunensis datur Rodulfo... a civibus concorditer electo» (Ann., 936, éd. Lauer, 64). Le roi se trouvant à Compièg îe, « datur epi-icopAlu- Njviomen is Rodulfo... quem ipsi X.iviomenses sibi d:lcg ran d: r' pric-ulcm » (950, p. 127). En 989, Arnoul «ab rege episcopatum petebat... Regiistipatores... episcopatum pètent , quam cito dari suadent » (Richer, Hist., IV, 25, SS, III, 636). Hugues Capet déclare que s'il lui prête serment, « concedere ei episcopatum non pigebit » (28, p. 637). Les papes tiennent que l'évêché peut et doit être concédé par le roi. Hadrien II ( J W 2922) mande aux évêques de l'ancien royaume de Lothaire qu'ils ne doivent conférer le sacre qu'à ceux « quibus imperator (Louis II) episcopatum concédât » (Hugues de Flavigny, Cron., SS, VIII, 354). Jean VIII ordonne (J W 3306) de consacrer à Verceil Conspertus, « quoniam... Carolomannus gloriosus rex istius Italici regni ipsum Vercellensem episcopatum, more praedecessorum suorum regum et imperatorum, concessit huic Consperto » (Migne, CXXVI, 888). Jean X écrit (J W 3564) en 921, que suivant la coutume antique, « nul lus alicui clerico episcopatum conferre debeat n'si rex » (CXXXII, 806).

3. Sous Louis le Pieux, au rapport de l'historien d'AldrL, l'évêché du Mans lui fut donné par l'empereur, mais « per baculum Landramni Turonicae civitatis... métropolitain » (éd. Charles, 9). La tradition par le bâton était encore alors réservée à l'évêque consécrateur. C'est seulement à partir de la deuxième moitié du IXe siècle, que les rois donnent investiture par les insignes sacrés. A la mort d'Anscarius en 865, son successeur élu par le clergé et le peuple reçut de Louis le Germanique l'évêché de Brème « cum pontiftcabs baculi juxta morem commendatione » (Vita Rimberti, n, SS. II, 770). En 887, Charles le Gros, apprenant la mort de l'évêque d'Auxerre,« Herifrido... pastoralem confert baculum » (Gesta ep. Atttiss., 41, SS, XIII, 400.)En899, Louis l'Aveugle, agréant l'élude l'églisede Vienne, «more decessorum suorum regum, ferulam accipiens, tradidit ei ecclesiam » (Notice de l'élection, Marion, Cart. de Grenoble, 261).

4. Cf. Imbart de la Tour, 78. Brunner (Deutsche Rechtsgesch., II, 318) estime qu'à l'époque carolingienne, l'élection par le clergé et le peuple est une exception.

Page 1