ARBITRAIRE ROYAL
concile de Savonnières le clerc à qui Louis le Germanique, en envahissant son royaume, avait donné l'évêché de Bayeux x et l'archevêque de Sens, Ganelon, qui a passé au camp de son adversaire 2. C'est d'une assemblée épiscopale qu'il obtient, après avoir plaidé lui-même sa cause, la condamnation et la déposition d'Hincmar de Laon 3. A en croire le rapport présenté par Charles le Chauve à Nicolas, Louis le Pieux a demandé à Grégoire IV de confirmer la déposition d'Ebbon et c'est parce qu'il n'a pu l'obtenir, que cet empereur s'est abstenu de lui donner un successeur 4. A plusieurs reprises, le roi a fait droit à des réclamations présentées en faveur de prêtres et d'évêques dépouillés de leur temporel avant qu'ait été rendue contre eux une sentence canonique 5. Si à Douzy on passe outre à Yexceptio spolii invoquée par Hincmar de Laon 6, le concile en a la responsabilité autant que le roi.
Néanmoins vis-à-vis de l'arbitraire royal, les évêques ne sont protégés efficacement que par leur fidélité, leurs loyaux services, leur adresse à faire agréer leur repentir et leurs promesses. Ganelon de Sens a réussi à regagner les bonnes grâces de Charles ; il s'est réconcilié avec lui, sans que les évêques, pris pourtant précédemment par le roi pour j uges et arbitres, aient été appelés à prononcer 7. Ils eussent sans doute rendu une sentence de condamnation si le roi la leur avait demandée, comme plus tard ils ont docilement rédigé celle qui frappa Hincmar de Laon, coupable, disaient-ils, d'avoir été infidèle et d'avoir désobéi au roi, en violation du serment qu'il lui avait prêté comme à son senior 8.
i. 4, Cap., II, 447-8.
2. 6, p. 448 ; Lib. proclamât, adv. Wenilonem, p. 451-2. Ganelon faisant défaut, la sentence ne fut pas rendue (Ann. Bcrtln., 859, p. 52).