RÉGALE ET PATRONAGE
En 875, après la mort de l'évêque Advence, Louis le Germanique déclare que l'église de Metz est en ses mains l. La manière dont, en 876, Hincmar parle de la vacance de l'église de Reims au temps de Tilpin et de Charlemagne marque qu'à la date où il écrit, le passage aux mains royales des évêchés dont le titulaire disparaît, est devenu une coutume.
Le clergé cherche à s'y dérober. Foulques de Reims a obtenu du pape Formose un privilège aux termes duquel, lorsque meurt un évêque de Reims, aucun roi, prélat, simple particulier ne peut appliquer à ses usages l'évêché ou des biens de cette église, ni les retenir sous sa domination 2. Ces clauses sont dirigées à la fois contre l'exercice du droit de régale et contre la divisio de l'évêché ; elles dénient cette faculté non seulement aux rois, mais aux évêques voisins et à de simples chrétiens, c'est-à-dire, sans doute, aux grands seigneurs dont l'usurpation à cette heure ne paraît pas moins menaçante que l'intervention royale. L'introduction de telles clauses dans un privilège pontifical montre d'ailleurs que le droit commun ne surfit plus à défendre l'indépendance du siège vacant.
A s'en tenir à la lettre de la discipline ecclésiastique, le droit exercé par le roi sur l'église vacante se réduit à un patronage. Elle lui est confiée, ainsi qu'au métropolitain, qui n'en a d'ailleurs la garde qu'au second rang, après le roi3. Jusqu'au
deberet ». Hincmar instruirait ici Charles des dispositions à prendre pour sauver la ville assiégée et comme elle a perdu son évêque, il suggérerait au roi un programme d'administration de l'évêché tombé en régales.
1. : «quia ipsa ecclesia in nostris manibus habebatur » (Dipl. du 21 nov. 875 pour Saint-Martin de Glandières, H F, VIII, 423 ; du 23 nov. pour Saint-Arnoul, p. 424 ; du 25 nov. pour Gorze, d'Herbomez, Cart. de Gorze, 68, p. 124). Dans les deux derniers diplômes, il est dit que la demande a été présentée « post obitum Adventii ejusdem ecclesiae episcopi ». Le ternie ecclesia se rapporte pourtant non pas à l'église de Metz qui n'est nommée nulle part, mais à l'église du monastère (vinaticum supradictae ecclesiae sancti Arnulphi).Ch que église appartenant à l'évêché d'Advence avait celui-ci pour évêque et après sa mort tombe entre les mains du roi, parce que Yepiscopium dont elle fait partie passe tout entier en ses mains. Le dipl. du 25 novembre pour Sainte-Glossinde, apparenté aux précédents mais qui a été interpolé (B M 1516 ; H F, VIII, 425), distingue Vabbatia de Yepiscopium, dont elle n'est qu'une partie et dit plus clairement : « quia ipsum episcopium in nostris manibus habebatur ».
2. Flodoard, Hist., IV, 2 : « Sanciens... auctoritate beati Pétri ut nemo regum, nullus antistitum, nemo quilibet chri tianus, decedente Remorum episcopo, ipsum episcopatum vel res ipsius ecclesiae suis compendiis applicet.neque sub suo dominio teneat, praeter ipsius civitatis episcopum » (SS, XIII, 559).
3. Rothade partant pour Rome, où il en appelle de l'arrêt qui l'a déposé, a écrit au roi et à son archevêque, « nostram illis ecclesiam committens » (Mansi, XV, 682). Hadrien II écrit à Hincmar de Reims après la déposition d'Hincmar de Laon qui en appelle au Saint-Siège : « sanctitati tuae episcopatum ejus specialiter post regem servandum commi timus» {Ep. i6,Migne, CXXII, 1281). Il écrit à Charles le Chauve : » episcopatum ejus gloriae vestrae specialiter servandum committimus » (Ep., 17, col. 1282). A la vérité, il s'agit ici d'un évêché qui n'est pas tenu pour vacant par celui qui le confie au roi et au métropolitain ; mais la même expression « commit-