‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 472 sur 1164 · LE ROI MAÎTRE DE L'ÉVÊCHÉ · texte numérisé non relu

LE ROI MAÎTRE DE L'ÉVÊCHÉ

jour où il les remettra à un nouvel évêque, les biens de l'église sont recommandés au souverain pour qu'il les défende K Mais une telle interprétation ne répond pas au concept qu'on se fait au palais du passage de l'évêché aux mains du roi. Hadrien II a écrit à Charles le Chauve qu'il lui confiait spécialement l'évêché d'Hincmar de Laon pendant le voyage à Rome de cet évêque tenu par le roi pour régulièrement et définitivement déposé, tandis que le pape voit en lui un appelant dont la cause reste entière. Charles le Chauve fait répondre à l'Apostolique que les rois sont les maîtres de la terre et non les vidâmes des évêques ou leurs villici. Les évêques, ajoutet-il, tiennent les biens des églises en raison du droit royal (per jura regum) ; les rois ne sont pas les intendants des villae ecclésiastiques, en vertu d'un mandat des évêques. Tandis que le pape attribue au roi la garde des biens d'un évêque absent, Charles le Chauve proclame que le siège est vacant et que lui-même est le maître dans l'évêché. Hincmar, dont les idées s'accordent assez mal avec une telle théorie, la formule pourtant, lui aussi, dans une lettre qu'il écrit, au nom du roi, pour confirmer les protestations de Charles le Chauve contre l'attitude prise par Hadrien II 2. Lui-même parle d'ail-

tens » est en usage quand l'évêché a eux conûé est rendu vacant par la mort du titulaire et non par suite d'une déposition dont la légitimité est contestée. Le capitulaire de Ouierzy stipule que l'archevêque enverra dans l'égHse vacante un visiteur qui, de concert avec le comte, la gardera du pillage. S'il s'agit d'un siège métropolitain, ''évêque voisin exercera cette surveillance avec le comte (8, Cap., II, 358). C'est le seul texte qui confie la garde de l'évêché au visiteur et au comte. Mais à Ouierzy, on a envisagé seulement le cas où un honor deviendrait vacant pendant l'absence du roi qui part pour l'Italie. Le comte et le visiteur rempliront excep-. tionnellement un office qui appartient d'ordinaire au roi ; ils s'en acquitteront d'ailleurs seulement, «usquedum ipsius episcopi obitus ad vestram (du roi) notitiam perveniat ». Hincmar adressait une lettre « Richildi reginae, significans quod, quando l.audunensis parochia episcopo vacans in sua specialiter erat providentia, sit malefactum de clemosina Irmintrudis » (Flodoard III, 27 p. 549. Sur l'ordre de la reine, le prêtre Winifrid a chassé ensuite l'abbesse d'Origny. Hincmar oppose ce temps à celui où il écrit, « Hedenulfo episcopo in Laudunensi ecclesia ordinato ». On peut entendre que le diocèse de Laon était, pendant la vacance du siège, placé sous la providence spéciale du métropolitain Hincmar (Cf. notre ouvrage, La Hiérarchie cpiscopale, 144). Mais sua peut se rapporter aussi à la reine. L'église vacante de Laon, comme celle de Beauvais (p.105, n 3) serait dite confiée au métropolitain ou placée sous le gouvernement du palais en vertu du droit de régale.

1. Hincmar écrit à Louis III que les évêques lui amèneront l'évêque élu de Beauvais, afin que le roi lui remette les biens de l'église, « quas ad defendendum et tuendum vobis Dominus commendavit » (Ep. 19, Migne, CXXVI, no). Cf. De fuie Karolu servanda, 41, CXXV, 983I. Les évêques doivent être élevés à leur charge avec le consentement de celui « qui res ecclesiasticas divino judicio tuendas et defensandas suscepit » (De ordine palatii, 9, Cap., II, 520). C'est aussi dans cette intention qu'Hadrien II confie au roi le temporel de l'église de Laon jusqu'au retour de l'évêque :

. « res... ecclesiae donec ad propria reverteret, nobis committeretis ut indemnes consistèrent » (Karoli ep., 7, Migne, CXXIV, 878).

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