‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 489 sur 1164 · ÉVÊCHÉ TENU COMME EN BÉNÉFICE · texte numérisé non relu

ÉVÊCHÉ TENU COMME EN BÉNÉFICE

En 864, Lothaire II se résout à enlever à Gunther, déposé par Nicolas Ier, l'évêché de Cologne et le donne, sans prendre conseil de personne, à Hugues l'abbé, passé alors à son service et qui n'était que sous-diacre 1. Hugues ne fut évidemment pas sacré 2, mais deux ans plus tard, le roi lui retira Yepiscopinm et le commit à la garde d'Hilduin, frère de Gunther, de telle sorte que, dans l'église vacante, tout fut à la disposition de l'évêque déposé, hormis l'exercice du ministère épiscopal 3.

Lothaire II éludait par ce moyen la sentence pontificale. De même, Charles le Chauve préjuge la décision du pape dans l'affaire de Vulfad. Il n'a pas voulu, écrit-il à Nicolas Ier, faire de ce clerc un archevêque de Bourges aussi longtemps que le siège apostolique ne s'est pas prononcé sur la validité des ordres reçus par lui des mains d'Ebbon ; mais, pour arrêter la horde des pillards, il a confié l'église et ses biens à cet ecclésiastique 4.

Les textes marquent parfois nettement que l'évêché est attribué, en manière de bénéfice 5, à un personnage dont le roi ne paraît pas songer à faire l'évêque du lieu et qui peut même n'avoir aucun caractère ecclésiastique. Ainsi, en 882, le siège

de Louis II du 7 oct. 860 (C. Cipolla, Codice diplom. di Bobbio, 60, 1, 176) se référant à un diplôme perdu de Lothaire (35, p. 136) antérieur au 22 août 843, dateoùAma1ric. successeur d'Hilduin comme abbé de Bobbio (p. 176), obtient un diplôme de cet empereur (37, p. 143). On peut conclure qu'il n'a pas été sacré et que Liutbert, qui, lui aussi, fut simplement archevêque nommé et créature de Lothaire Ier, a reçu avant Hilduin l'évêché des mains de l'empereur. Cf. Parisot, Le roy. de Lorraine, Append. 2, p. 744-5-

1. : « Episcopatum a Gunthario Hlotharius tulit et suo tantum consilio Hugoni... tonsura clerico et ordinatione tantummodo subdiacono, moribus autem et vita a fideli laico discrepanti » (Ann. Bertin., 864, p. 71). Hugues l'abbé, qui a perdu en 861 la faveur de Charles le Chauve, s'est retiré près de Lothaire (Cf. Bourgeois, Hugues l'abbé, dans les Ann. Fac. des Lettres de Caen, 1895, p. 98).

2. Suivant les Ann. de Xanten, il a succédé à Gunther (successit in locum illias), mais a envahi le bercail du Seigneur, « non ut pastor, sed ceu lupus rapax » (866, SS, II, 232).

3. : « Episcopium Coloniense ab Hugone recepto, Hilduino, fratri Guntarii sub provisionis obtentu committit ; sed rêvera dispositio illius, excepto episcopali ministerio.penes Guntarium manet, ipsaque metropolis sed et ecclesii Treverensis... pastore vacant » (Ann. Berlin., 866, p. 81). Il s'agit du même personnage que Lothaire avait nommé évêque de Cambrai, qu'Hincmar (Flodoard, III, 12, p. 489) et Nicolas Ier (Ep., 13, VI, 279) n'ont pas agréé. Le roi, qui a renoncé à en faire l'évêque de Cambrai, l'a nommé administrateur de l'évêché de Cologne.

4. Ep. 4 : « Quia dare absque apostolatus vestri determinatione distulimus (ecclesiam Bituricensem), commendare sibi eamdem ecclesiam cum rébus sibi pertinentibus acceleravimus, scilicet ut in destructione earum non tantum sae viens valeret... pravorum instantia » (Migne, CXXIV, 870).

5. En 895, l'archevêque de Reims, Foulques, a donné beneficiali more l'église de Châlons à l'évêque de Thérouanne Hériland et refus4 de consacrer l'élu du clergé et du peuple (Flodoard, Hist., IV, 3, p. 562). C'est visiblement aussi beneficiali more, usu stipendiario, ad consumendum (cf. notes suiv.), que les rois cèdent l'évêché vacant^à un administrateur qui n'est certainement pas évêque nommé.

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