ADMINISTRATEURS DU SIÈGE VACANT
de Metz étant vacant, Charles le Gros attribue au bâtard de Lothaire II, Hugues, les biens de l'évêché qu'il consommera à son usage, tandis, observe l'annaliste, que les canons ordonnent de les réserver au futur évêque 1. Il s'agissait peut-être aussi de la jouissance immédiate d'évêchés dans la convention passée en 879 par le fils de Louis le Germanique, Carloman, résignant en faveur de son frère le regnum qu'il n'a plus la force de gouverner. Il obtient de lui pour son entretien (ad servitium) des évêchés avec des abbayes et des comtés 2. En 928, Hugues, roi d'Italie, assigne usu stipendiario l'évêché de Vérone à Hilduin chassé du siège de Liège et qui s'est réfugié près de lui. Les revenus^de cet évêché restèrent à l'usage d'Hilduin, le siège étant vacant, jusqu'au temps où Rathier fut promu évêque 3.
Chaque fois vraisemblablement qu'une vacance se prolonge, le roi confie l'évêché à un administrateur 4. Il devait être très ordinaire qu'un évêché fût tenu dans ces conditions, puisque, en 845 et 846, les conciles de réforme signalent les abus commis par ceux qui occupent les loca episcoporum. Ces administrateurs du siège vacant, qui tiennent du roi Yepiscopium en bénéfice, à titre provisoire, ont en effet, d'ordinaire, une gestion très préjudiciable aux intérêts de l'église. Aussi, l'épiscopat réuni à Meaux et à Paris marque sa défiance à leur égard. On réclame l'annulation de tous les contrats de précaire et d'échange passés au temps où ils détenaient l'évêché 5.
Au Xe siècle, la royauté qui défend avec peine contre l'usur-
1. : « Hugoni... facultates ecclesiasticas Mettensis episcopii, quas sacri canones futuro episcopo reservari praecipiunt, ad consumendum commisit » (Afin. Betiin., P- 153).
2. : « Cui rex episcopatus et abbatias et comitatus ad serviendum delegavit » {Ann. Fuld, 879, SS, I, 393I. On peut aussi entendre que le servitium dû au souverain par les titulaires de ces honores fut affecté à ce roi déchu ; il y exercerait le droit de gîte à leurs dépens et recevrait leurs dons et contributions.
3. Gesta abb. Lob., 19 : « fraudatus Leodiensi episcopio ab Hugone rege Italiae, apud quem fecerat confugium, usu stipendiario promeruerat Veronense episcopium » (SS, IV, 63). Ughelli (Italia Sacra, V, 734), range à tort Hilduin parmi les évêques de Vérone.
4. Dans une lettre à son neveu (Migne, CXXVI, 538 et 542), Hincmar nous apprend qu'à la mort de l'évêque de Laon, Ostroldus, avant l'épiscopat de Siméon qui fut présent en 840 au rétablissement d'Ebbon (Apologet., Conc. Karol., I, 798, 806), l'évêché resta quelques temps vacant. Il en appelle à l'usage pratiqué sous les prédécesseurs d'Hincmar de Laon, dont il donne la liste, et entre les épiscopats d'Ostroldus et de Siméon, « quando episcopatus vacavit in Ailemaro » ( ol. 542). Le texte est sans doute corrompu ; peut-être Ailemarus est-il le nom d'un administrateur du siège vacant.
5. 21 : « Ut precariae et commutationes tempore viduatarum ecclesiarum factae ab his, qui loca episcoporum occupaverant, rescindantur » (Cap., II, 403). Cet article est rangé par les évêques réunis à Paris parmi les canons du concile de Beauvais, mais on ne le trouve pas dans le texte qui nous en a été conservé (p. 387-8). Il aura été ajouté lors des réunions de Paris.
ÉVÊCHÉ REMIS A l'ÉVÊQUE NOMMÉ . 119
pation des familles seigneuriales ses droits régaliens, en est réduite parfois à céder l'administration d'un évêché à un grand seigneur. Herbert de Vermandois a réussi à faire élire son jeune fils, Hugues, comme successeur de Foulques de Reims : le roi Raoul, apprenant que l'élu est un enfant, confie l'évêché à son père pour qu'il le gouverne et le régisse. Par là, la royauté prêtait elle-même la main à ceux qui la dépouillaient de son droit sur les évêchés 1.
Le personnage à qui le roi remet l'évêché vacant est souvent le clerc qu'il destine à succéder à l'évêque défunt ou déposé. Il semble bien que le prêtre Foulques qui détint l'évêché de Reims après la déposition d'Ebbon, ait été, dans la pensée de Louis le Pieux, le futur archevêque de Reims. Suivant Hincmar, dans l'assemblée même qui déposa Ebbon, Foulques aurait été désigné pour être son successeur 2. Peut-être Hincmar avait-il intérêt à accréditer cette version ; mais elle est . corroborée par la notice d'un plaid tenu près de Narbonne,- en 836, qui fut présidé par Foulques, missus de l'empereur et archevêque nommé 3. Il s'agit sans doute du personnage que Louis avait choisi pour être le successeur d'Ebbon. Foulques est mort avant que les circonstances aient permis de passer outre à l'opposition des partisans de l'archevêque exilé et de sacrer son successeur désigné. Amalar avait peut-être aussi la qualité d'évêque nommé de Lyon ; il eût succédé à Agobard, si cet archevêque n'était rentré en grâce 4. Liutbert, puis
1. : « Remensem episcopatum committit Heriberto aequitatis censura disponendum atque regendum ab ipso » (Flodoard, Hist., IV, 20, p. 578). Ailleurs, Flodoard ne mentionne même plus l'intervention du roi : « Episcopatus Remensis Heriberto commissus est sub obtentu filii sui Hugonis » (Ann., 925, éd. Lauer, 32). A la fin du IXe siècle, le métropolitain est parfois assez fort et assez peu scrupuleux pour donner, lui aussi, en bénéfice à une sorte d'administrateur un évêché vacant (plus haut, p. 1 17, n. 5).
2. La Scriptura renfermant la sentence de déposition que rendirent les évêques contre Ebbon, après qu'il se fût reconnu indigne de l'épiscopat, fut remise par Drogon qui présidait le synode « Fulconi qui successor in sede Rhemensi Ebonis fuerat designatus » (De praedestin., 36, Migne, CXXV, 390-1). Simson (Ludwig der Fromm., II, 135, n 6) fait observer que, suivantles clercs ordonnés par Ebbon et aux termes d'une lettre écrite par Charles le Chauve à Nicolas, à une heure où le roi soutient contre Hincmar les intérêts de l'un de ces clercs', Vulfad, l'église de Reims a été simplement confiée à Foulques, obtenue par lui (plus haut, p. 115, n. 5). Hincmar qui lui donne ici la qualité de successeur désigné, a dit le plus souvent que Foulques tenait l'évêché.
3. : « Cum... resederetvic venerabilis Fulcho, advocatus archiepiscopus, qui est missus domno nostro Ludovico » (H L, II, pr., 90, col. 194).
4. Cf. plus haut, p. 116, n. 4. Louis le Pieux a préféré sans doute ne pas donner immédiatement un successeur aux archevêques déposés. A en croire Charles le Chauve, ou plutôt Vulfad qui rédige ou inspire sa lettre à Nicolas Ier, Louis le Pieux avait demandé au pape Grégoire de confirmer la déposition d'Ebbon, et, si le pape se fût prononcé en ce sens, l'empereur eût donné un successeur à cet archevêque : « quod quidem moderatissimo consilio agere differens, efflcaci egit sagacitate »