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LE ROI DONNE L'ÉVÊCHÉ AVANT LE SACRE

sentence sollicitée du pape permette d'en faire un archevêque

En plusieurs circonstances, la remise de l'évêché à un évêque désigné s'explique par l'opposition que suscite le choix du roi et dont celui-ci espère ainsi triompher. Après la déposition des archevêques de Reims et de Lyon qui conservent maints partisans, Louis le Pieux se contente de leur désigner un successeur et de remettre à celui-ci Yepiscopium. Charles le Chauve ne croit pas pouvoir donner (daré) l'église de Bourges à Vulfad ; aussi la met-il en sa garde (commendare) . La mesure a un caractère exceptionnel et provisoire.

Mais il semble qu'au IXe siècle cette méthode tende à se généraliser et que, par là, les Carolingiens s'attachent à mettre le clergé, le peuple et les évêques en présence du fait accompli. Le roi cède ordinairement l'évêché à son candidat avant qu'il soit sacré par les évêques, parfois même avant qu'il soit élu ou agréé par le clergé et le peuple.

A la condition que le clerc désigné par le roi ait été régulièrement élu ou accepté par son église et ses futurs collègues, Hincmar admet que la collation de l'évêché, des régales, comme l'on dira plus tard, précède le sacre. Telle est la procédure qu'il recommande lors d'une vacance du siège de Beauvais. Une élection régulière désignera le futur évêque. On le conduira ensuite devant le roi pour recevoir de lui le temporel de l'église dont le Seigneur a remis la garde au souverain. Puis, celui-ci l'adressera, avec des lettres exprimant son consentement, au métropolitain et aux autres évêques de la province qui procéderont à l'ordination 1. Foulques, Liutbert, Hilduin, Vulfad étaient évêques nommés aux sièges de Reims, Cologne, Langres, dont ils détenaient l'évêché et le même Vulfad aurait été élu unanimement à Bourges, s'il faut en croire Charles le Chauve, avant d'être mis par lui en possession de Yepiscopium. Louis III, qui a remis l'évêché de Beauvais à Odacre, déclare que tous les suffrages, dans cette cité, se sont accordés sur son nom 2. Willibert a reçu du roi l'évêché de Châlons avant l'élection régulière qui permit de le consacrer ; mais le roi ne lui

i. Ep. 19 : « episcopi eligant et ccrasentientibus clero et plèbe eum vobis adducant ut secundum ministerium vestrum res et facultates ecclesiae, quas ad defendendum et tuendum vobis Dominus commendavit, suae dispositioni committatis et cum consensu ac litteris vestris, eum ad metropolitanum episcopum ac coepiscopos... qui eum ordinare debent transmittatis » (CXXVI, col. 110). Hincmar attribue dans ce cas particulier l'élection aux évêques, parce que le clergé et le peuple ont perdu, par le mauvais usage qu'ils en ont fait, le droit de choisir leur pasteur. Cf. Imbart de la Tour, Les élect. épisc, 199.

2. Ep. cit. : « quod scripsistis, vota omnium qui commorantur in Belvacensi ecclesia, in Odacrum concordare » (col. 114).

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