DON DE L'ABBAYE A UN RÉGULIER
L'élection leur est notifiée, afin que par leur concession, en vertu de leur consentement, l'abbé reçoive le pouvoir de régir le monastère 1. La désignation faite par la communauté marque simplement la personne à qui le souverain fera, s'il l'agrée, tradition de l'abbaye royale. Lorsqu'en 872, les moines de Saint-Gall eurent élu Hartmotus, celui-ci se rendit près de Louis le Germanique qui lui fit don du monastère. Plus tard, Charles le Gros, se trouvant à Saint-Gall, autorisa cet abbé à résigner sa charge et les moines à élire son successeur. Làdessus, le roi d'accord avec la communauté confia le monastère à Bernard et l'en fit abbé 2. Après la réforme du monastère Saint -Benoît de Fleury-sur-Loire au Xe siècle, les abbés y sont établis par l'élection des moines et la donation du prince 3.
Les abbés réguliers, en retour du don que leur a fait le roi, sont tenus en fait à toutes les obligations de ses fidèles. A Reinold, abbé régulier du monastère de Saint-Calais, Charles le Chauve a confié et donné l'abbaye : cet abbé gardera Saint- Calais aussi longtemps qu'il vivra suivant la règle embrassée par lui et qu'il restera attaché à ses devoirs de fidélité envers le roi4. Ingelgarius, son successeur, déclare qu'ayant* reçu l'abbaye par obéissance et par la munificence du monarque, il doit lui en faire service 5. Loup de Ferrières sert le roi de toutes ses forces et même au-delà 6.
Comme l'évêque infidèle est privé de son évêché, l'abbé régulier perd lui aussi son abbaye s'il manque à ses devoirs
1. : « Ipsum eligant regisque in notitiam déférant, ut ejus et concessione et consensu potestatem regiminis accipiat » (Fausse bulle de Nicolas I pour Saint-Calais, Froger, Cart. Saint-Calais, 25, p. 48). Ce faux composé par un contemporain nous renseigne exactement sur l'usage gallican du temps. Cf. notre article Nicolas I et les libertés des monastères des Gaules dans Le Moyen âge, 1911, p. 301.
2. Ratperti Casus s. Galli : « Hartmo o monasterium contradidit » {SS, II, 71) ; « omnibus Bernhardum sibi abbatem poscentibus..., princeps... Bernhardo monasterium cum congregatione commendavit ipsumque abbatem constituit » (p. 74) ; Ekkehardi Casus : « Hartmotus... Berinhardo monacho nostro abbatiam suam, fratrum communi < lectione, per regem Karolum, tradit » (p. 82).
3. Amaubert, en 979, « a Lothario... cum electione fratrum régime 1 nostri susceperat coenobii » (Mit. s. Bened., II, 17, éd. de Certain, 120). Son successeur Oilbod, «ad praelationem... fratrum ipsorum electione et regia principis Lotharii ascendit donatione » (r8, p. 121).
4. Par un dipl. du 24 mai 850, Charles le Chauve confirme à Reinold «eamdem a nobis sibi commissam et datam abbatiam ». Il la lui confie de nouveau «secundum regulam sancti Benedicti ab eo gubernandam », pour qu'il la tienne et possède « quandiu secundum proprium propositum in Dei voluntate vixerit atque in nostra fidelitate duraverit » (Cart. Saint-Calais, 16, p. 25-6).
5. : « respondit per obedientiam et munificentiam ipsius régis sub monastica professione se ipsum tenere monasterium et ex inde ei debitum exhibere famulatum » (21, p. 37).
6. Ep. 42 1 tcum enim pro viribus, immo ultra vires, régi servierim » (Ep., VI, 50)-