LA SPOLIATION AVANT CHARLES MARTEL
du palatium 1. Ces précédents sont les premières racines des sécularisations dont furent victimes les églises et les monastères, au temps où la maison carolingienne fonde et affermit son règne sur tous les pays francs 2.
La mise au pillage des biens d'église fut sans doute le produit spontané du désordre à l'époque troublée où s'affaiblit l'autorité des rois de la première race et où les factions se disputent la mairie du palais. On peut présumer que la famille carolingienne n'eut pas plus de part aux premières spoliations que le reste de l'aristocratie franque. A la faveur des luttes intestines, les grands font partout main basse sur les domaines des églises. Le pillage avait commencé bien avant que Charles Martel ne gouvernât le palais ; en 742, saint Bonif ace estime que la désolation de l'église franque date de très loin déjà, que ses souffrances n'ont pas duré moins de 60 et de 70 ans 3. Ces désordres se produisent dans les pays francs où les premiers Carolingiens n'étaient pas les maîtres, comme en Austrasie et en Neustrie où ils exerçaient la tutelle des rois. Au temps de Pépin d'Héristal, dans la Provence révoltée contre sa maison, Saint- Victor de Marseille fut dépouillé de plusieurs domaines par le patrice Anténer qui mourut rebelle, encore nanti de ces biens 4. Les églises de
1. Cf. La propriété ecclésiastique en France aux époques romaine et mérovingienne, 446-450.
2. Aucune question d'histoire carolingienne n'a été plus souvent débattue et diversement résolue que celle-ci : à quelle époque se produisit la sécularisation des biens d'église et à qui doit-elle être rapportée ? Suivant Roth ( Gcschichte des Benefizialwesens, 1850: Die Sakularisationen des Kirchenguts unfer dcn Karolingern, 1865), la sécularisation est le fait non pas de Charles Martel mais de ses fils, en particulier de Pépin ; après la mort de celui-ci, sous Charlemagne, elle n'a nullement cessé, mais a pris une autre forme (Gesch., p. 341). Waitz (Deutsche Verfassiinggeschichle, m, 3e éd., 1883 ; iv, 1885) estimait que la spoliation fut l'œuvre de Charles Martel et que ses fils l'ont réparée partiellement (m, 36-40), qu'elle a été néanmoins continuée par Charlemagne (iv, 184) et se perpétua encore après lui (p. 188). Ribbeck (Die sogenannte Divisio des frànkischen Kirchengutes in ihrem Vorlaufe unter Karl Martell und seinen Sôhnen, 1883) croit que la sécularisation commence au temps de Charles Martel, mais que les dispositions prises par ses fils, si elles accordent des dédommagements aux églises les plus éprouvées étendent d'autre part la spoliation. Récemment M. Pôschl (Bischofsgut und Mensa episcopalis, t. I, Die Grundlagen, zugleich eine Untersuchung zum Lehensproblem, 1908) a montré que Charlemagne continua de disposer du patrimoine ecclésiastique. Il estime (t. III, Die Entstehung des Mediatbistums und die grossen Sakularisationen im X Jahrh.) que les plus graves sécularisations se sont produites au X° siècle.
3. Bonif. ep. 50 : « de aecclesiastica religione, quae jamlongo tempore, id est non minus quam per sexaginta vel septuaginta annos, calcata et dissipata fuit » (Ep., III, 299).
4. Notice d'une enquête faite sur l'ordre de Charlemagne vers 780, au cours de laquelle des témoins déclarèrent avoir vu une pièce « qualiter Abbo patricius condam coram avio vestro Charlo reclamavit, quod Antener patricius, ut quod condam pro malo ingenio et fortia, quando Provincia revellavit contra bisavio vestro