‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 6 sur 1164 · CHARLES MARTEL BIENFAITEUR D'ÉGLISES · texte numérisé non relu

CHARLES MARTEL BIENFAITEUR D'ÉGLISES

l'Aquitaine, contrée où Charles Martel n'est pas obéi, ont subi de la part des gens du duc Eudes maintes déprédations. Plus tard, le refus fait par les Aquitains de restituer aux églises des États de Pépin le Bref les biens qu'elles possédaient jadis au sud de ]a Loire, servira de prétexte à la guerre entre le premier roi carolingien et le duc du pays 1. Bien des spoliations furent le fait de l'aristocratie locale, sans qu'elle ait cru devoir en demander la permission à personne et ne sont imputables ni à Charles Martel ni à aucun prince de sa race.

Comme tous les autres Carolingiens qui après lui dépouilrèrent les églises, Charles Martel aux yeux de ses contemporains, fait figure d'un prince pieux. Protecteur des missions de Germanie 2, bienfaiteur de maintes églises 3, il a fait restituer à Saint- Victor de Marseille les domaines dont Anténer avait dépouillé les moines 4, a rendu des sentences qui remettaient les religieux de Stavelot 5, de Saint-Wandrille 6 en possession de terres qui leur avaient été dérobées. Personne en son vivant et, au temps qui suivit immédiatement sa mort, aucun membre du clergé franc ne lui a fait reproche, à notre connaissance, d'avoir abusé des biens d'église.

Pippino, Antener ipsas villas partibus suis ad probrio se dixit abere usque quod ipse in ipso revellio vixit » (Martêne et Durand, Ampliss. collectio, I, 41).

1. Voir plus loin, chap. III, §i.La correspondance de Boniface(££.73,78, p. 343, 355) montre que dans les royaumes anglo-saxons, des sécu arisations ont été faites semblablement par les rois et par les grands.

2. Cf. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, 2e éd., I, 454.

3. Il a fait des libéralités aux églises de Verdun (Gesta episc. Virdun., 11, SS, IV, 43), d'Utrecht (Diplômes du 1er janv. 722 ; du 9 juil. 726, DD. maj. domus, n, 12, p. 98-100), aux monastères de Saint-Denis (Dipl. 17 sept. 741, 14, p. 101 ; Fredeg. contin., 24, SS merov., n, 179), de Saint-Germain-des-Prés (Dipl. de Louisle-Pieux du 30 août 816, relatant l'établissement d'une pêcherie sur l'ordre de Charles Martel, R. Poupardin, Recueil des chartes de Saint-Germain-des-Prés, 26, p. 41), d'Echternach (Dipl. 23 févr. 717, 9, p. 97 ; 7*5-39, 13, P- 101),- de Saint-Maximin de Trêves (Vita s. Maxim., II, 12, A. S., Mai, VII, 24), de Saint-Saulve (Vitas. Salvii, 11, 12, Juin, VII, 198; Gestaepisc. Camerac. , II, 31, SS, VIII, 462). Ilaconfirmé' l'immunité aux moines de Saint-Wandrille (Gesta abb. Fontan., 9, SS, II, 281). Cf. Beugnot, Mémoire sur la spoliation des biens du clergé attribuée à Charles Martel, dans les Mém. de l'Acad. des Inscript., XIX, 2e P., 389 et suiv. Beugnot en concluait à tort (loc. cit.) que Charles Martel ne peut avoir à la fois dépouillé le clergé et enrichi des églises.

4. Notice citée :« sed avius vester Charolus Abbone patricio ad partibus de ipsas supradictas ecclesias revestire fecit » (Ampl. coll., I, 41). Cf. autre notice du 23 février 780 (Cart. Saint-Victor, 31, I, 43-5). Cette réparation fut sans doute ordonnée après que Charles eut, en 738, soumis et placé sous le gouvernement de ses judices tout le pays depuis Lyon jusqu'à Marseille et Arles (Fredeg. contin., 18, p. 176-7).

Page 1