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PRIVILÈGES EXCLUANT L'ABBATIAT SÉCULIER, LAÏQUE

pourtant se féliciter que le roi daigne leur donner un abbé de leur profession. Quand il leur fait cette faveur, il faut être animé à son endroit de bien mauvaises dispositions pour trouver à reprendre à sa conduite. Charles le Chauve a tiré de Saint- Denis un moine et prêtre et lui a remis un monastère de Laon, afin que cet abbé régulier y établisse, dit Hincmar de Reims, le règne de la discipline et de la bonne doctrine et nullement pour lui procurer une prélature irrégulière. Hincmar de Laon y dénonce un abus de pouvoir et excommunie la créature du roi, mais l'archevêque taxe cette sentence de mesure inconsidérée et l'attribue à l'animosité de l'évêque contre le monarque 1.

Les diplômes de privilège répudient surtout l'attribution de l'abbaye à un clerc séculier ou à un laïque. En confirmant aux moines de Corbie le privilège de libre élection que leur ont accordé les rois, Benoît III prie ceux-ci de ne jamais concéder le monastère à aucune personne laïque ni à un clerc vivant canoniquement, car c'est détruire tout à fait l'habitation monastique et c'est la condamnation de celui qui donne, comme de celui qui reçoit l'abbaye 2. Diplômes royaux et synodaux stipulent que les souverains n'attribueront jamais telle abbaye privilégiée à un clerc séculier et surtout à des laïques 3. Au Xe siècle, Saint-Benoît de Fleury obtient du pape Léon VII un privilège qui met les religieux à l'abri d'une prélature

effet du roi Vabbatia après l'élection ; mais Loup parle en termes un peu embarrassés du consentement des moines ; c'est parle roi et non parles moines, que lui a été confié (commissum est) le monastère ; les moines d'ailleurs ont ratifié le choix du souverain. Loup qui a reçu le monastère le 22 novembre a été envoyé parle roi à Ferrières pour expulser Eudes. Il lui a intimé l'ordre de quitter Ferrières avant le 3 décembre. Il n'est entré au monastère qu'après son départ, le 12 déc. [Ep. 21 à Jonas d'Orléans, p. 29). Vraisemblablement, le « consensus fratrum » s'est produit seulement alors. Loup, qui, en 841, dans sa lettre à Raban Maur, glisse sur le procédé irrégulier auquel il doit son abbaye, ne craint pas plus tard de dire qu'il a été élu (Ep. 42, à Hincmar, fin 845-846 : « a fratribus electus sum , p. 50 ; ££.45, auroi,845 : «monachi, quos ad eorum votum electionemque michi commisistis », p. 52). Cf. Giry, Études caroling., 115 et n. 2.

1. L V Cap., 9 : « cum dorcinus rex monachum ac presbyterum quemdam inter suos religiosum, ex venerabili monasterio sancti Dyonisii, ad monasterium in Lauduno situm ad doctrinae atque religionis institutionem, non autem ad irregularem praelationem accersiit et inconsulte illum pro animositate quam contra regem habebas excommunicasti » (Migne, CXXVI, 315).

2. : « Nec eum aliquando in secularium manus aut canonicam dominationem permittant, quod habitatorum summa destructio est et dantis sive accipientis summadamp ;atio» (p. 275). Le pontife développe longuement ce thème. Plus haut, il prie les rois de n'établir comme abbé « neque aliquam personam aut laicam aut canonicam, quod contra omnem ecclesiasticum ordinem est, aut etiam monachum... non... electum » (p. 274), distinguant ainsi nettement les deux degrés que franchit l'intervention abusive des rois.

3. Cf. dipl. cités p. 124, n. 1 pour Solignac, Saint- Florent, Maniieu.

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