‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 516 sur 1164 · ABBÉS LAÏQUES DILAPIDATEURS · texte numérisé non relu

ABBÉS LAÏQUES DILAPIDATEURS

Tous les biens peuvent être requis pour l'usage du bénéficier et la communauté est alors condamnée à une extrême indigence. Au IXe siècle, comme au temps où les membres de l'aristocratie franque se disputaient les abbayes, le chef d'une communauté se préoccupe du sort qui attend celle-ci quand il ne sera plus ; il craint que l'abbaye ne tombe aux mains d'un dilapidateur 1. Tel est l'inévitable effet du jus benefwii s'appliquant à l'abbaye. Quand les monastères de l'église de Metz furent devenus la proie des séculiers, écrit l'évêque Advence, l'héritage de Dieu ne servit plus à ses saintes distributions, tout étant confisqué par une odieuse distribution 2. Les moines de Gorze, dont l'abbaye a été donnée par Lothaire II à un comte, manquent d'aliments et de vêtements ; le mobilier est vilipendé, le sanctuaire nu et ouvert aux intempéries 3. Souvent l'abbé laïque laisse les religieux en proie à la famine 4. Saint-Josse a été donné au comte Otulfus, non pour qu'il gouverne cette cella, mais pour qu'il la détruise ; il n'en reste plus que le sol 5. Les moines de Moyenmoutier avaient, sous Louis le Pieux, joui d'une mense ; mais quand Lothaire II eut cédé l'abbaye en bénéfice au duc du pays, toutes subsistances furent refusées aux moines, qui se dispersèrent ; quelques-uns obtinrent plus tard de résider au monastère et eurent une petite villa et quelques pauvres cortes pour s'entretenir, tandis que le maître de l'abbaye en détournait jusqu'à 151 1 manses 6. L'historien des évêques de Cambrai, qui dresse au

1. On a vu qu'au VIIIe siècle, un évêque d'Autun redoutait pour le monastère de Flavigny et pour le reste de son évêché une telle disgrâce (fasc. i, p. 14, n. 2). Au IXe siècle, Bernharius, évêque de Worms et abbé de Wissembourg, craint qu'après sa mort des loups rapaces n'envahissent le lieu saint et ne dispersent la communauté des moines ; il fait part au personnage influent qu'est Einhart du désir qu'éprouvent les moines de Wissembourg d'avoir après, sa mort, Folquin comme abbé (Einh. ep., 3, V, iro).

2. : « pêne jam hereditas Dei suis nudabatur obsequiis, nefaria distributione prevalente » (Cart. de Gorze, 60, p. 107).

3. : « paulatim deficientibus alimentorum et tegumentorum solaminibus, eccle-

sie nulla ornatus gratia decorabantur, ipsaque altaria pluviis et nuditatibusasperna-

bantur » (loc. cit). ,

4. On a vu qu'une formule exprime la plainte adressée a Charlemagne par une

communauté qui, depuis qu'elle a été donnée en bénéfice (nos beneficiasti) par le roi, ne reçoit plus aucune des denrées nécessaires à la vie (fasc. r, p. 124, n. 4). Le vassal à qui, au Xe siècle, uu évêque attribue une abbaye, la traite exactement de même. AMicy, le noble qui tient l'abbaye de l'évêque Trohanus, nourrit de seigle, comme des mercenaires, les quelques moines qu'il n'a pas expulsés (Mirac. s. Maxim., 19, Mabillon, A . S., I, 584). Un autre qui lui succède n'accorde à chaque moine qu'un petit pain, une poignée de légumes, rarement du vin en petite mesure (23, p. 585)-

5. : « saeculari homini traderet (cellam s. Judoci), non regendam sed evertenda a » (Lupi ep., 42, VI, 117) ; « in qua praeter solum nichil pêne aliud jam relictum est » (43, P- 5i).

6. Liber de s. Hildulfi success., 5, p. 89. Cf. L. Jérôme, L'abb. de MuyentitoiUier, 155. En 896, ce qui subsiste de Vabbatia est donnée par Zwentibold en bénéfice à

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