VALEUR DU CENS
Néanmoins le missionnaire anglo-saxon reconnaissait luimême la valeur des raisons invoquées par les princes pour différer la restitution. Il s'est chargé d'exposer au pape que la menace des invasions sarrasines et germaniques induit les Francs à reculer l'effet de leur bonne volonté. Le pape le félicite d'avoir du moins obtenu d'eux qu'un cens fût établi en faveur des églises et des monastères dépossédés 1. En 751, alors sans doute que Boniface s'inquiète de voir se perpétuer un régime qu'il avait tenu pour tout-à-fait provisoire, le pape lui écrit qu'il ne doit pas hésiter à recevoir un cens qui lui permettra du moins de remplir le devoir de l'aumône et d'achever l'œuvre imposée aux églises saintes par les canons 2.
Le cens qu'acquitteront les détenteurs des biens ecclésiastiques est en effet relativement élevé. Au taux d'un sou d'or par casata, établi par le synode d'Estinnes et auquel le pape se réfère, les villae aliénées rapporteront sans doute chacune une soixantaine de sous en moyenne, c'est-à-dire pour un seul domaine la même somme que le comte <Ratharius, au temps de Charles Martel, payait comme cens aux moines de Saint-Wandrille pour une trentaine de villae qu'il avait reçues en précaire. Avec raison, Zacharie estime que la somme fournira un appréciable secours au budget des aumônes et des autres services ecclésiastiques.
Le cens prescrit n'est pas pourtant destiné essentiellement à entretenir le clergé et les moines. Les princes n'ont pas décidé que tous les biens d'église resteraient aux mains des détenteurs, à charge pour eux de payer une rente qui suffise à tous les besoins des églises. Si on s'était arrêté à cet expédient, le tarif des redevances n'aurait pu être uniforme ; comme les établissements religieux sont inégalement riches et n'ont pas tous subi un préjudice équivalent, les uns eussent pu se contenter d'une redevance qui se serait trouvée insuffisante pour d'autres. Surtout le clergé et les moines eussent été placés dans l'entière dépendance des séculiers et réduits à attendre leurs subsistances du bon vouloir et de l'exactitude d'occupants qui se sont mis en possession en faisant violence au propriétaire. Il a paru qu'il fallait d'abord rendre à chaque église et monastère de quoi faire vivre prélats, clergé et moines, puis instituer pour le reste un cens. C'est un supplément qui permettra d'achever (perficere) l'œuvre de restauration des finances ecclésiastiques.
1. : « et hoc gratias Deo, quia hoc potuisti impetrare » (loc cit.).
2. : «Dumex eo poteris elymosinam tribuere et opus perficere sanctarum aecclesiarum juxta canonum instituta «(87, p. 372).