‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 540 sur 1164 · ABBAYES PERDUES ET RECOUVRÉES · texte numérisé non relu

ABBAYES PERDUES ET RECOUVRÉES

sont traduits chaque fois par l'acquisition ou la perte d'un groupe d'abbayes. Le membre le plus considérable de la maison des Welfs, Hugues l'abbé, perd, en[86i, avec la faveur de Charles le Chauve, ses deux grandes abbayes de Saint- Germain d'Auxerre et de Saint-Bertin 1. Il passe au service de Lothaire II, tandis qu'Alard, oncle de la reine Irmentrude, disgracié depuis 849 et pourvu dans le royaume lorrain de nombreuses abbayes, en est dépouillé en cette même année 861, où, chassé par Lothaire, il rentre au service de Charles 2. En rendant un peu plus tard à Hugues l'abbé ses bonnes grâces, ce roi le comblera de nouveau d'abbayes 2.

Aussi telle abbaye passe sans cesse de mains en mains, suivant le caprice du roi et surtout au gré des vicissitudes de

1. Il est abbé de Saint-Germain le 30 juin 853 (plus haut, p. 14^ n. 7) et reçoit Saint-Bertin le 24 mars 859 (Folquin,II, 36, éd. Guérard, 107). Il perd en 861 cette dernière abbaye qui est rendue au précédent abbé le 25 août (38, p. 109). Hugues, qui était encore abbé de Saint-Germain lensept. 859 (Quantin, 38, p. 72),nel'est plus le 14 sept. 861, car son nom ne figure pas dans le diplôme accordé à cette date aux moines par Charles le Chauve (39, p. 73-4) ; mais soir départ est sans doute tout récent, car le roi confirme à la mense des religieux une vigne qu'ils avaient tenue jusque-là par la largesse de leur abbé. Les moines ont jugé prudent de se faire confirmer cette libéralité qu'un nouveau rector pourrait ne pas reconnaître. Hugues a donc \ i.iisrniblablement perdu ses deux abbayes en août 861.

2. Alard fut fait abbé d'Echternach, de Saint-Maximin de Trêves, de Stavelot et de Saint- Vaast d'Arras (cf. Parisot, Leroy, de Lorraine, 186 ; F. Lot, Le sénéchal Alard, dans Le Moyen âge, 1908, XII, 190-191). Il perdit dès 856 Echternach qu'il avait reçu en 849 (Catal.abb., SS, XIII, 738) ; peut-être reçut-il en échange Stavelot, qu'il ne paraît avoir gouverné qu'après la mort d'Hartgaire en 855 (cf. Parisot, 186, n. 4). Le catalogue des abbés de Stavelot (SS, XIII, 293) attribue à son abbatiat une durée de 12 ans, donnée qui est d'accord avec le temps (849-861) où Alard servit les rois lorrains, mais non pas avec la date de la mort de son prédécesseur ; car il est peu vraisemblable qu'après avoir quitté Lothaire, Alard ait pu conserver Stavelot.

3. Hugues l'abbé rentré en grâce en 865, à l'heure même où Alard et ses parents sont dépouillés par Charles le Chauve de leurs honores (Ann. Bertin., 80), devient au cours de l'année suivante l'héritier de Robert-le-Fort à Saint-Martin et en d'autres abbayes (p. 84), sans doute Saint- Aignan qu'Hugues détient à la date du 5 octobre 876 (Form. mamim., H F, VII, 709), Marmoutier et les dépendances de Saint-Martin, Cormery et Villeloin (cf. Bourgeois, Hugues l'abbé, 101, n. 3). Suivant Mabillon (Ann. Bened., XXXVII, 22, t. III, 159 ; 50, p. 169) et M. Bourgeois (op. cit., 106), il est abbé de Saint- Vaast depuis 871 environ. En 882, il tient en quelque sorte par héritage de famille, après Guelfon et Conrad, Sainte-Colombe de Sens et peut-être Saint-Riquier (plus haut, p. 141, 6et8). Il a recouvré Saint-Germain d'Auxerre, carie 29 janvier 877, Louis le Bègue confirme aux moines une propriété que leur a cédée leur abbé, Hugues (H F, IX, 399) et le n juin 884, Carloman confirme les biens du monastère, à la prière de l'abbé de Saint-Germain, Hugues (Quantin, Cart.de l'Yonne, 57, I, 109). Il est sans doute dans le même temps abbé de Saint-Julien d'Auxerre (voir la Gallia Christ., XII, 415-6, où sont allégués des diplômes de Charles le Chauve, 877, et de Charles le Gros, 884, délivrés à la prière de l'abbé Hugues, diplômes qui ne nous sont pas autrement connus). Son parent Guelfon a subi aussi des vicissitudes de faveur, que marquent le retrait d'abbayes qui lui sont ensuite rendues. Vers 869, Charles le Chauve lui retire Saint-Riquier, pour donner cette abbaye à son propre fils. Carloman. Dès 873, Guelfon est de nouveau en possession de Saint- Riquier (cf. F. Lot, éd. d'Hariulf, 136, n. 1).

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