‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 553 sur 1164 · BÉNÉFICE DE L'ÉVÊQUE ET PROPRIÉTÉ DE L'ÉVÈCHÉ · texte numérisé non relu

BÉNÉFICE DE L'ÉVÊQUE ET PROPRIÉTÉ DE L'ÉVÈCHÉ

Souvent, même quand il s'agit d'un bénéfice, le clergé de l'église intéressée soutient qu'il y a donation ou restitution. Les clercs manceaux produisent une multitude de faux, à l'effet de prouver que, sous Francon et Aldric, les droits de l'église du Mans sur Saint-Calais ont été reconnus par les empereurs et le monastère rendu à l'évêché 1.

A la fin de l'époque carolingienne, quand un évêque et surtout plusieurs évêques successifs ont joui longtemps en bénéfice d'une abbaye, celle-ci tend à devenir une propriété de l'évêché 2. Un don du roi marque parfois expressément le changement que subit la condition du monastère. En 871, l'évêque de Paris, Ingelgouin, obtient de Charles le Chauve la cession à son église de Yabbatia de Saint-Éloi qu'il tenait en bénéfice de la munificence royale 3. En 888, le roi Arnoul décide que l'abbaye de Lobbes, tenue en bénéfice de ses prédécesseurs par l'évêque de Liège, Francon, deviendra la proprié té de l'église Saint-Lambert 4. En 907, l'évêque de Paris, Askéricus, qui tenait en bénéfice Saint-Pierre de Resbais, obtient de Charles le Simple que l'abbaye soit cédée à son église en dédommagement des maux qu'elle a subi de la part des Normands 5. Le monastère de Cruas avait été tenu par l'archevêque Roland en bénéfice de Lothaire I et de Lothaire II. Vers 880, Boson, roi de Provence, décide qu'il sera sous la tuitio de l'archevêque Rostaing et de ses successeurs ; en 920, Louis de Provence confirme à l'église d'Arles la possession du monastère de

1. J. Havet estimait que le diplôme du 7 sept. 838, rendant à l'église du Mans le monastère de Saint-Calais, est authentique (Les Actes des évêques du Mans, dans la Bibl.Ec. chartes, ,1893, p. 627 etsuiv.). Il est possible qu'Aldricbienen courait obtenu en effet un diplôme reconnaissant les droits de son église. En 863, les dispi >si ii< 11s du palais étaient changées et nonobstant ce diplôme, on déclarait qu' Aldric n'avait eu le monastère qu'en bénéfice.

2. Au début de l'époque carolingienne, l'attribution d'une abbaye à un évêque, voire à plusieurs évêques successifs, ne limite pas le droit (Ju roi d'en dispose:

gré. Au cours de la 2e moitié du VIIIe siècle, trois évêques de Constance, Ernfridus, Sidonius et Jean ont détenu l'abbaye de Reichenau ; au IXe siècle, le monastère a pour abbé des personnages qui ne sont pas évêques de Constance, entr'autres H< ito évêque de Bâle, Haito archevêque de Mayence (Abb. Augiens. cat., SS, II, 37-38).

3. 12 mai 871 : « abbatiam sancti Eligii in potestate ecclesiae sibi creditae sitam, eique jure beneficiario nostra munifïcentia concessam, jam dictae ecclesiae... et pDst se... futuris pastoribus in potestatem et jus ecclesiasticum habendum... de nostro jure in jus ac dominationem Dominai- meae genetricis Dei mei Mariae... tran-ferimus » {H F, VIII, 635).

4. 15 nov. 888. L'évêque l'a prié « ut quamdam abbatiam Laubias nominatam, quam ipse jam multo tempore a praedecessoribus nostris in beneficium habere visus est..., ad Leodiensem sancti Lamberti ecclesiam traderemus » (Miraeus et Foppens, I, 650).

5.21 mai 907 : « ad supplementum desolate ecclesie, abbaciam Sancti Pétri Resbacis.... quam idem episcopus in beneficium hactenus habuisse dinoscitur» (Guérard, Cart. N. Dame de Paris, I, 250).

Page 1