COMTES ABBÉS
à ce bénéfice 1. Il semble qu'il ait disposé aussi du monastère de Saint-Cloud 2. A Pavie, il tenait en bénéfice des rois la basilique de Saint- Jean-Baptiste 3. En son temps, aucun comte ou évêque n'a, semble-t-il, cumulé autant d'abbayes que ce laïque écrivain. Un autre laïque, l'historien Nithard, qui fut abbé de Saint-Riquier 4, maniait sans doute mieux la plume que l'épée, bien qu'il soit tombé au cours d'une campagne, à laquelle d'ailleurs avait pris part aussi l'abbé régulier Loup de Ferrières 5. Mais en dehors sans doute de quelques lettrés, à une époque où, hors des rangs du clergé, les hommes instruits sont rares et bientôt à l'exclusion de tels candidats,* les laïques qui reçoivent une abbaye appartiennent tous à l'aristocratie de fonctionnaires 6, de soldats qui sert le roi. Les documents précisent parfois l'intérêt militaire auquel est sacrifiée l'abbaye. Lothaire I abandonna Moyenmoutier au duc du pays, à condition, rapporte le chroniqueur, que ce bénéficier levât et équipât les hommes dont le roi aurait besoin 7.
La plupart des abbés laïques sont des comtes 8. Souvent les chartes signalent le comte abbé 9. D'une part le bénéfice
i. Gesta abb. Fontan., 17, II, 294 ; cf. Einh. ep., 1, V, 109.
2. Dans une lettre à Gozbert, abbé de Saint-Gall, Einhart parle d'un familier, à qui il avait donné « beneficium de monasterio sancti Chodowaldi » (39, p. 129). L'identification avec le monastère de Saint-Cloud près Paris n'est pas sûre ; on ne voit pas pourquoi Einhart recommanderait l'abbé d'un monastère parisien à l'abbé de Saint-Gall.
3 . Translat. s. Marc, 6 : « Ticenis apud basilicam beati Johannis Baptistae quae . . . tune ex benencio regum ad meam pertinuit potestatem » (SS, XV, 242).
4. Hariulf, Chron. Centul., II, 12, éd. F. Lot, 79 ; III, 5, p. 102.
5. Cf. F. Lot, L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve, n 5-6.
6. A côté des nombreux comtes abbés (cf. plus bas, n. 9) on trouve des personnages qualifiés d'abbas atque ministcrialis. Tel l'abbé de Montiérender.Vulfandus, à la date du 10 mai 856 [Chartes de Montiêrender, n, Lalore, Cart. dioc. Troyes, IV, 134). Le comte de Troyes, Robert, entre 878 et 886, est «minister palatinus et abbas beati Lupinecnon et sacrae virginisGenovefae » Doc. carol. de Montiéramey, 14, Giry, Études carol., 129).