LES GROUPES D'ABBAYES
fréquemment les limites d'un comté et forme dans une région étendue l'établissement d'une grande famille. Le sénéchal Alard, abandonnant le service de Charles le Chauve pour celui de Lothaire, détient dans le Nord en bénéfice de son nouveau maître les abbayes de Saint- Vaast d'Arras, de Saint-Quentin, d'Echternach, de Stavelot, de Saint-Maximin de Trêves, en même temps que le comté de Trêves 1. De même au Xe siècle, Régnier est abbé laïque de Saint-Maximin, de Stavelot et Montmédy, d'Echternach, de Saint-Servais de Maestricht 2.
Les abbayes forment assez souvent un groupe qui suit les mêmes destinées, soit qu'une même famille les retienne toutes héréditairement, soit que des émules se succèdent au gouvernement du même lot d'abbayes et se les arrachent les uns aux autres, comme si elles constituaient toutes ensemble un bénéfice unique. Saint-Martin de Tours et Marmoutier sont rarement séparées. Saint-Bertin et Saint- Vaast passent ensemble de mains en mains. Après la mort, en 892, de Rodolfe qui avait détenu à la fois ces deux abbayes, elles sont données toutes deux à Foulques de Reims. Beaudouin, comte de Flandre, qui les lui disputait, les a obtenues après sa mort en y joignant Saint-Quentin 3. Les abbayes de Sainte-Colombe de Sens et Saint-Germain d'Auxerre sont tombées ensemble aux mains des Welfs 4 ; à la fin du siècle, on les retrouve toutes deux aux mains de Richard, comte d'Autun et duc de Bourgogne 5.
Ainsi les abbayes tendent à se fixer aux mains des comtes et bientôt au profit d'une même famille seigneuriale, comtés et abbayes devenant ensemble héréditaires. Toutefois, le pou-
1. Cf. F. Lot, Le sénéchal Alard, 190-1 et n. 2 de la p. 191. Voir aussi Parisot, Leroy, de Lorraine, 186 n. 4, 187 n. 3. En 861, il quitte le service de Lothaire II et rentre en grâce près de Charles le Chauve. Il en obtint Saint Symphorien d'Autun (Dipl. du 16 juin 866, F. Lot, Date d'un dipl. de S. Symph., p. 242) et sans doute aussi le comté d'Autun (p. 233). Vraisemblablement, c'est le même personnage qui le 12 janv. 863, est dit comte et abbé de Saint-Quentin (H F, VIII, 585). Une peut s'agir du fils d'Unroh, abbé de Saint-Bertin, qui présenté à Sithiu comme oblat, a embrassé le genre de vie d'un clerc séculier, canonicus (cf. plus haut, p. 153, n. I.) et n'est jamais dit cornes. Hugues l'abbé, clerc comme lui, est désigné par l'annaliste de Saint-Bertin (876, 878, p. 131, 140) sous le titre de marchio, mais jamais sous celui de cornes. Peut-être le sénéchal Alard avait-il reçu Saint-Quentin et le comté de Vermandois avant d'être pourvu en Bourgogne. Le qualificatif de comte abbé n'établit pas d'ailleurs que le personnage est comte du pagus où il est abbé.
2. Cf. Eçkel, Charles le Simple, 55-6 ; Parisot, Leroy, de Lorraine, 603.
3. Folquin, 'Chart. Sith., I, 68, éd. Guérard, 134-5 ; Flodoard, Hist., IV, 10, SS, XIII, p. 574 ; Ann. Vedast., 892, I, 527.
4. Dipl. d'Eudes, 16 juin 891 pour Sainte-Colombe, Quantin, Cart. de l'Yonne 65, 1, 129 ; de Charles le Simple, 22 avril 901 pour Saint-Germain, 68, p. 133 ; Chron. Senon. s. Col., 882, H F, IX, 40.
5. Cf. Poupardin, Richard le Justicier, dans Le roy. de Provence, 333-4.