‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 565 sur 1164 · ORIGINES DES ABBAYES SEIGNEURIALES · texte numérisé non relu

ORIGINES DES ABBAYES SEIGNEURIALES

voir royal interrompt longtemps encore la prescription, à l'égard tant d'une famille que d'un comté. Il s'en faut que Saint-Martin de Tours soit toujours, au cours du IXe siècle, en la possession des comtes de Tours. Saint-Hilaire* passe des mains du comte de Poitiers, Renoul, en celles d'un comte étranger, Acfred, puis de divers personnages ecclésiastiques K Saint-Riquier est donné à un fils de Charles le Chauve aux dépens des Welfs. Très souvent au IXe siècle, les abbayes bénéfices d'un grand sont éparpillées à travers un royaume. Hugues est abbé en Touraine à Saint-Martin, en Orléanais à Saint-Aignan, en Sénonais à Sainte-Colombe, en Artois à Saint- Vaast. Guelfon est à la fois abbé de Sainte-Colombe de Sens et de Saint-Riquier en Picardie 2. La faveur royale disperse les bénéfices comme elle les concentre. Mais peu à peu le pouvoir des rois s'affaiblit et ainsi tombe l'obstacle qui s'opposait à l'accaparement d'un lot de comtés et d'abbayes aux mains d'une dynastie de comtes abbés. Les abbayes d'une même région traditionnellement groupées constituent une part notable de l'établissement héréditaire des grandes familles.

Dans cette concentration d'abbayes et d'honneurs laïques, l'usurpation a joué un rôle sans doute considérable. C'est pourtant la royauté qui a commencé l'évolution achevée en dehors d'elle et contre elle. Au IXe siècle, les Carolingiens ont établi les chefs de ces familles dans les abbayes qui vont devenir héréditaires et patrimoniales. Autour d'un comté ou d'un lot de comtés s'est constitué un groupe d'abbayes obtenues par le don du roi. Le comitatus comprit souvent dès l'origine des abbayes dont les comtes en se succédant disposaient de droit, comme l'eut fait le roi lui-même. Les bénéfices ecclésiastiques recueillis en supplément par les détenteurs du comté, qui deviennent des comtes héréditaires, suivirent la condition des abbayes incorporées au comté lors de la constitution des dotations comtales. Par le seul jeu du bénéfice dvenu héréditaire, l'abbaye seigneuriale se substituait à l'abbaye royale.

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