‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 57 sur 1164 · PRÉCAIRES VERBO REGIS · texte numérisé non relu

PRÉCAIRES VERBO REGIS

ne peut être rendu à l'église que par lui. Les laïques qui détiennent des terres ecclésiastiques par la volonté du prince ne seront pas les hommes de l'église et du prélat qui les investit ; ils appartiennent à la vassalité du souverain ; c'est de lui qu'ils tiennent le bénéfice obtenu.

Les précaires octroyés par un abbé de Saint-Denis sous la pression du roi Childebert et du maire du palais Grimoald, ceux que peut-être l'abbé de Saint-Wandrille consentait aux hommes de Charles Martel sont bien le prototype des précaires prévus par la législation d'Estinnes. Mais la demande (petitio) adressée par le roi mérovingien et par Grimoald, fait place à un ordre formel du prince fverbum). Les biens que Childebert, Grimoald et peut-être Charles Martel pressaient le chef d'une église de céder en précaire, étaient encore aux mains du prélat,, tenus dans Y indominicatum ecclésiastique. Ceux qui, en vertu de la législation d'Estinnes, feront l'objet des précaires sont en fait aliénés, incorporés au fisc et cédés déjà par le prince en bénéfice à ses fidèles. Fictivement rendus à l'église, ils sont par une autre fiction cédés en précaire par le prélat. Les occupants devront se prêter à cette formalité, souscrire une lettre de précaire qui d'ailleurs fera mention du verbum du prince, mais ils continueront de tenir le bien en bénéfice de sa largesse. L'acte satisfait à la lettre et non à l'esprit de la discipline ecclésiastique ; il légitime une spoliation.

Carloman ne songeait pas sans doute qu'en frayant cette voie pour liquider le passé, il l'ouvrait aussi aux spoliateurs de l'avenir. Après avoir converti en contrats de précaire les violences faites aux églises, on en viendra vite à les renouveler sous cette même forme. L'expédient adopté pour ne pas rendre effectivement les biens soustraits déjà au patrimoine des églises devait permettre par la suite d'opérer sans cesse à leur détriment des détournements nouveaux.

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