ABBAYES DES PRINCESSES
monastères » fut puni des intrigues ourdies contre Charles le Chauve par la perte de ses abbayes et l'emprisonnement \ Cette politique, qui réserve l'unité d'un royaume déjà réduit et rompt avec la pratique désastreuse des partages, caractérise peut-être le gouvernement de Charles le Chauve. Nous ne savons si elle a été suivie par d'autres Carolingiens 2.
Les abbayes de femmes servent à établir les princesses de la maison souveraine 3. Théodrade, sœur de Louis le Pieux, a tenu, d'abord par le bienfait de son père Charlemagne, puis par la largesse de Louis, le monastère d'Argenteuil 4. Plusieurs autres filles ou sœurs de Charlemagne sont abbesses 5. Louis le Pieux a donné en bénéfice à sa femme Judith 6 le monastère Saint-Sauveur de Brescia, dont après elle l'impératrice Ermenjart jouit sa vie durant 7 et qui dès lors est toujours aux mains d'une princesse carolingienne 8. La mère de Judith, Eigilwi, a reçu l'abbaye de Chelles 9. A sa fille Alpaïde, mariée au comte Bégon, Louis le Pieux a donné en toute propriété un monastère de femmes, sis à Reims près la
disgrâce, Charles roi d'Aquitaine et la clause ne peut se rapporter qu'aux monastères détenus par Lothaire et Carloman.
i. Cf. plus haut p. 147, n. y. Charles le Chauve a cherché en tonsurant ses puinés et en leur faisant un établissement ecclésiastique à éviter les révoltes et compétitions qui ont marqué le règne de ses prédécesseurs. Il n'a guère mieux réussi que ceux-ci, en n'attribuant à ses fils que des abbayes.
2. Dummler (Gesch. d. ostfrànk. Reichs, III 359 et n. 2) et M. Eckel (Charles le Simple, 20-1) estiment qu'en 892, le roi Arnoul, en remettant à son fils Zwentibold les honores du duc Meingaud (Réginon, SS, I, 605), lui a cédé en particulier l'abbaye de Saint-Maximin. Il s'agirait d'ailleurs simplement de lui permettre de prendre pied en Lorraine dont il deviendra roi en 895, du vivant de son père 'B M 1908 a). Mais M. Parisot montre que Meingaud, en dépit de l'assertion de Sigehard (Mitac. s. Maxim., 8, 9, SS, IV, 231), n'a probablement pas possédé l'abbaye (Le roy. de I-orr., 492, n. 2) et que Zwentibold ne l'a pas eue davantage en ses mains (p. 503, n. 3).
3. Voir la liste dressée par M. Voigt (Die karoling. Klosterpolitik, 39-42) des monastères détenus par les épouses et parentes des Carolingiens.
4. Cf. plus haut, p. 134, n. 1. Le monastère d'Argenteuil avait été enlevé aux religieux de Saint-Denis. Théodrade possédait aussi, mais en toute propriété, le monastère de Schwarzach qu'elle donna à l'église de Wurzbourg (Cf. Simson, I, 19).
5. Sa fille Rohaut est abbesse de Faremoutiers (Dipl. de Lothaire I, Mabillon, Ann. Bened., Append., 63, II, 693). Sa sœur Gisèle est très probablement abbesse de Chelles (cf. Ann. veter. fragmenta, 804, SS, XIII, 33 et Translat. s. Balthihlis, Mabillon, A.S., IV, I, 431).
6. : « conjux nostra Judith qui monasterium... nostra liberalitate in beneficiuni habere videtur » (B M 802 ; cf. Simson, I, 148).
7. Dipl. de Lothaire I, 16 mars 848, B M 1133. Paschase Radbert dit à propos de l'impératrice que Saint-Sauveur est « suum monasterium » (Vita Walae, II, 24, SS, II, 568-9).