‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 573 sur 1164 · MONASTÈRE DE LA REINE · texte numérisé non relu

MONASTÈRE DE LA REINE

ni à aucune autre l. De même que Saint-Riquier a presque toujours, au IXe siècle, des abbés de sang royal, Chelles, Notre-Dame de Soissons, Notre-Dame de Laon 2 eurent d'ordinaire pour abbesses des princesses de la famille Carolingienne.

Peut-être la condition d'un monastère royal prend-elle parfois vis-à-vis d'une reine un caractère particulier. Il semble qu'au lieu de lui attribuer l'abbaye, de lui céder le monastère en bénéfice, son époux l'associe quelquefois simplement à l'exercice du droit royal, de telle sorte que l'établissement est placé sous la providence spéciale de la reine, tout en restant sous le gouvernement et dans la main du roi. Au temps où Louis le Pieux n'est encore que roi d'Aquitaine, sa femme confie à Benoît d'Aniane le monastère de Menât, qui figure quelques années plus tard sur la liste des monastères que l'empereur s'engage à laisser gouverner par un abbé régulier et à ne pas céder par conséquent en bénéfice 3. Remiremont, qui paraît bien dépendre toujours de l'empereur, est dit monastère de la reine Judith ; l'abbesse Thiathildis la prie d'épargner aux possessions des religieuses de la part de ses envoyés

i. : « nostros successores monemus ut nec reginae suae nec cuilibet praedictum monasterium in beneficio detur aut committatur » (J. Besly, Hist. des ducs de Guyenne, 41).

2. Gisèle sœur de Charlemagne, Eigilwi belle-mère de Louis le Pieux, Irmentrude femme de Charles le Chauve, Rohaut sa fille, Gerberge femme de Louis IV, se succèdent, on l'a vu, à Chelles, probablement sans interruption. — Dom Germain dans son Histoire (anonyme) de Notre-Dame de Soissons, signale comme abbesses du monastère Gisèle, fille du roi Pépin (p. irg), Théodrade, petite-fille de ce même roi, sœur d'Adalhard et de Wala (p. 124), Rohaut (ou Rotrude), fille de Charlemagne (p. 130- 2), Rohaut, fille de Charles le Chauve (p. 134). En 959, la reine Gerberge, femme de Louis IV, tenait d'Albert de Vermandois en bénéfice (de beneficio Alberticomitis cette abbaye devenue seigneuriale (H F, IX, 665). C'est bien ainsi (cf. notre art. Les diverses acceptions du terme beneficium, dans la R. histor. du droit français, 1924, p. 20, n. 2), et comme l'a fait M. F. Lot (Les derniers Caroling., 183, n. 3) qu'il faut interpréter ce texte, sur le sens duquel M. Voigt (41, n. 8) s'est mépris. — Notre- Dame de Laon a eu pour abbesses probablement Hildegarde, fille de Louis le Pieux, qui, en 841, exerce juridiction dans la ville de Laon (Nithard, Hist., 4, SS, II, 664), puis Irmentrude, femme de Charles le Chauve (cf. plus haut, p. 1 69, n. 2). La femme de Charles le Simple, Ogive, avait reçu l'abbaye de Notre-Dame de Laon, que Louis IV lui reprit, en 951, pour l'attribuer à sa propre épouse, Gerberge (Flodoard, Ami., 951, p. 132).

3. VitaBened., 31 : « dédit 'regina) illi monasterium quodestin Arvernis territorio situm, quod sanctus Meneleus... fundavit » (SS, XV, 214). Dédit doit s'entendre an même sens que plus loin (33, p. 214), où il est dit du roi qu'il a donné Saint-Savin à Benoît. Au réformateur est simplement confié le soin de restaurer la discipline dans ces deux monastères et de veiller à leur gouvernement ; la reine n'a pas cédé à Benoit la propriété du monastère de Menât, mais son abbatia. Les deux établissements figurent dans la liste dressée en 818 des monastères dispensés des dons et de la milice [Notifia, en appcnd. de notre article Les ordonnances mon. de Louis le Pieux, dans la R. d'hist. Egl. de France, 1920, p. 492), liste qui ne renferme que les monastères réguliers relevant directement de l'empereur et qui jouissent du privilège de libre élection (p. 474).

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