LA REINE ET LES MONASTÈRES ROYAUX
l'exercice du droit de gîte 1, l'un des droits régaliens qui reste au roi quand il cède un monastère en bénéfice. Charles le Chauve qui a chargé ses missi de faire procéder à Sainte-Croix de Poitiers à l'élection d'une abbesse, stipule que les primores de l'abbaye, clercs et vassaux, se rendront près de la reine, attendu qu'ils sont placés sous sa défense 2. Le roi est le senior des religieuses, la reine en est la domina 3. L'impératrice Ermenjart, femme de Lothaire I, exerce autorité sur le monastère d'Avenay dont sa fille Berthe est abbesse 4. La femme de Charles le Chauve, Irmentrude, a réglé d'accord avec l'archevêque de Reims l'organisation du même monastère 5 ; vraisemblablement, elle avait pris alors la place d' Ermenjart. Peut-être Berthe était-elle encore en ce temps abbesse du monastère. En tous cas, en 864, du vivant d' Irmentrude morte en 869, l'abbaye fut donnée à Tentberge ; mais elle lui fut attribuée non par la reine, mais par Charles le Chauve lui-même6. Richilde a fait chasser,, du monastère d'Orbais l'abbesse régulière et y a établi une nouvelle abbesse qui lui a payé sa charge. Le roi averti a refusé d'intervenir pour ne pas contrister la reine 7. C'est à l'impératrice Ingilberge en même temps qu'à Louis II, que Roland, archevêque d'Arles, achetait l'abbaye de Saint-Césaire 8. Dans la plupart de ces cas, la reine paraît exercer les mêmes droits que son époux sur tels monastères du fisc qui, peut-être, constituaient une part de son douaire.
1. Indic. Thiath., 3 (Form., 526). Thiathildis est abbesse (4) ; bien qu'elle écri\ e à Judith que Remiremont est « monasterium vestrum » (3), elle s'adresse aussi directement à l'empereur (1, 3), pour lui faire part des prières qu'offre la communauté à son intention, celle de la reine et de leurs enfants.
2. Flodoard, Hist. Rem. eccl., III, 27 : « Primores autem clerici et vassalli ad reginam venirent, sub cujus defensione... consistere deberent » (SS, XIII, 548).
3. Hincmar recommande aux religieuses de prier « pro seniore ac domina vestra » (loc. cit.).
4. Hincmar est en correspondance avec Ermenjart, qui se plaint de spoliations dont a été victime le monastère de sa fille Berthe (dite plus loin abbesse d'Avenay) de la part des gens de l'archevêque. Il déclare avoir besoin, pour régler les affaires de cette maison, de l'aide de l'impératrice et de sa fille et la prie d'envoyer son représentant avec le représentant de Berthe pour faire avec lui la réforme nécessaire (Hist. Rem. eccl, III, 27, p. 548).
5. Hincmar, dans une lettre à l'abbesse Teutberge, parlait des dispositions qu'il avait prises « quondam cum Irmintrude regina » pour l'entretien au monastère de 20 clercs et de 40 religieuses (Hist. Rem. eccl., III, 27, p. 549),