MONASTÈRES AUX MAINS DES ROIS
man en 870, demeura aussi aux mains de Charles le Chauve jusqu'à sa mort. Son fils et successeur, Louis le Bègue, la garda pendant les deux ans que dura son règne. Après lui, Louis III le Jeune, fils de Louis le Germanique, devenu le maître de la portion de la Lotharingie où est sis le monastère, en détint l'abbaye pendant deux ans, jusqu'au jour où il s'en dessaisit en faveur d'Hugues, bâtard de Lothaire II. Lobbes est restée pendant une douzaine d'années dans Y indominicatum royal et sous trois rois différents K
Si l'initiative a été prise par Charles le Chauve, elle a trouvé, on le voit, des imitateurs. Rien de plus fréquent que la réserve d'une abbaye aux besoins personnels du roi. Saint-Martin d'Autun avait peut-être subi ce sort, car, le 16 juin 885, Charles le Gros remit à un religieux, pour y restaurer la vie monastique, la basilique, avec les domaines contigus, placés dans Y indominicatum royal et les bénéfices de divers personnages, qui étaient sans doute des bénéficiers royaux 2. Attribuant à Richarde, son épouse, la jouissance de Saint-Marin à Pavie, le même souverain décide que, s'il lui survit, il gardera en ses mains le monastère 3. En 893, Ebles, abbé de Saint-Denis,
Saint-Quentin et de Saint- Vaast, le caput cum electioribus villis. L'année suivante en effet, uu diplôme constitua ou confirma la mense des communautés d'hommes et de femmes établies à Marchiennes et à Hamaige (n juill. 877, H F, VIII, 666- 667). Après leur avoir assigné plusieurs domaines, il décide qu'une part de la récolte du vin à Vergny sera « ad opus senioris », les deux autres pour les communautés. Ce senior peut être soit l'un des bénéficiers à qui le roi a cédé une part de Yabbatia, soit le souverain qui retient le reste de Vabbatia dans son indominicatum. Le diplôme affecte au luminaire de l'église 3 livres d'argent de indominicato, au cellier des communautés [ad vinaticum) 12 muids de vin de indominicato. L'hôtellerie du monastère percevra les dîmes de toutes les villae, «tam de indominicatis quamexbeneficiatis totius abbatiae ». Enfin si ces assignations ne suffisent pas à défrayer les communautés, « ex indominicato cuncta necessaria suppleantur ». L' indominicatum qui supporte ces charges serait-il celui du roi qui retiendrait en ses mains le gros de Vabbatia dont il n'a distribué à ses fidèles que des parcelles ? La clause finale de corroboration est insolite. Le diplôme a pu être interpolé, mais la teneur dans les parties essentielles ne donne pas prise au soupçon.
1. Ami. Laub., 873 : « et remanet abbatia in manu patris(Charles le Chauve, père du précédent abbé) per annos quinque, deinde in manu filii ejus Ludovici per annos duos, deinde in manu alterius Ludovici Germanorum régis per annos duos, donec eam Huguni, filio Lotharii ex Valdrada, dédit » [SS, IV, 15).
2. : « Praefatam basilicam cum omnibus rébus et mancipiis in circuitu et per diversa loca sitis, quas in nostro indominicato tenebamus, . . . beneficium Gottedei et beneficium Radulfi, beneficium Rotberti necnon et... Agmulfi » Bulliot, Essai sur Saint- Martin d'Autun, 6, II, 16). Peut-être s'agit-il de biens du fisc royal voisins ; mais ces biens, contigus à la basilique et donnés avec elle, étaient plus vraisemblablement la propriété de cet établissement.
3. 14 octobre 881 : « si forte illam (Richarde) supervixerimus ad procurandum et ordinandum eumdem monasterium in nostris mauibus et privata atque speciali famLliaritate tenearaus, ita videlicet ut nostris temporibus nulli unquara persone extraaee in beneficium concedatur, sed per nos ipsos et nostros ministros regatur, ordinetur et disponetur » (Grandidier, Hist. de Strasbourg, II, p. CCCXXXI).