‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 584 sur 1164 · ABBATIA DES ROIS USURPATEURS · texte numérisé non relu

ABBATIA DES ROIS USURPATEURS

d'Agaune ; ils s'en disent recteurs, la tiennent sous leur potestas et leur regimen, en administrent le temporel et souvent cèdent à leurs fidèles en précaire des biens de l'abbaye 1.

Le droit du souverain tend ainsi à se confondre avec celui du bénéficier nanti d'une abbaye. Tombée entre les mains du roi, elle pouvait être considérée comme vacante, jusqu'au jour où il lui plairait d'y établir un abbé ; mais le monarque ne dédaigne pas d'en prendre pour lui-même la qualité, les fonctions et les profits, de s'attribuer Yabbatia.

Les grands devenus abbés héréditaires transformeront leur titre bénéficiaire sur leurs abbayes en un droit souverain ; des rois cessant d'en appeler au jus regni qui les autorisait à garder en leurs mains les abbayes vacantes furent, eux aussi, recteurs des monastères qu'ils s'étaient adjugés et il y eut des rois abbés, comme il y avait des comtes abbés.

Les usurpations du trône par des familles nouvelles ont vraisemblablement généralisé l'usage de retenir des abbayes dans Y indominicatum royal et de désigner sous le titre d'abbé la personne du souverain. Avant de ravir la couronne à un Carolingien ou de fonder un royaume nouveau, l'usurpateur possédait des comtés et abbayes en bénéfice. En devenant roi, il pouvait disposer de ses bénéfices en faveur de fidèles, mais il en gardait une part et la plus grosse. Le comte Rodolfe détenait, après son père Conrad, l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune quand, en 888, il fut élu et sacré roi de Bourgogne. Il garda en ses mains son abbaye et la transmit à ses successeurs 2. Les Capétiens n'ont pas renoncé à leurs abbayes en ramassant la couronne. Quand Eudes l'eut recueillie, il céda Saint-Martin de Tours à son frère Robert 3, mais retint, sans doute, dans son dominicatum ses autres abbayes 4. En 892,

1. : « Rege Rodulpho in cujus manustare abbaciadinoscitur » (Mon. hist. patriac, Chartae, II, 118) ; « ubi présente tempore rector domnus Chuonradus rex » (46, col. 64) ; « Rodulfus rex sub cujus regimine Agauni abbaeia fore dignoscitur » (38, col. 37) ; « in cujus potestate et regimine... dignoscitur esse » (74 et 75, col. 83 et 85). Comme le roi exerce la fonction d'abbé, on donne « partibus sancti Mauricii vel domni régis » (44, col. 62) ; il reçoit « ad partem sancti Mauricii » (32, col. 50). Les concessions de terre sont faites par son ordre et avec son consentement (19 et 20, col. 35 et 36). C'est enfin à ce titre de recteur qu'il cède à ses fidèles en précaire des biens de l'abbaye (32, col. 50 ; 40, col. 59 ; 56-7, col. 70-1 ; 93, col. 112 ; I, 230, col. 391). C'est sans doute aussi en cette qualité que Rodolfe I intervient pour faire confirmer au comte Hugues un bien qu'il a reçu en précaire (H F, IX, 693). Cf. R. Poupardin, Le roy. de Bourgogne, 328-9.

2. L'abbaye enlevée à Hubert par Conrad a été détenue ensuite par le fils de Conrad, Rodolfe, qui, en 888, est élu roi de Bourgogne (Cf. Parisot, Le roy. de Lorraine, 262).

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