ABBATIA DES PREMIERS CAPÉTIENS
Robert, élu roi, garda évidemment ses nombreuses abbayes devenues héréditaires en sa maison et dont Hugues le Grand se nantit en refusant la couronne 1. Les abbayes d'Hugues Capet restèrent jusqu'à la réforme monastique dans Yindominicatum des premiers Capétiens, qui sont à la fois rois et abbés et dont tous les successeurs ont gardé à Saint-Martin de Tours la qualité d'abbé 2. Le roi Raoul était prié par les chanoines de Saint-Symphorien d'attribuer à leur mense un bien qu'un fidèle de Raoul avait tenu sa vie durant. Le roi, en effet, leur rendit ce domaine, puis, avec leur consentement, l'attribua de nouveau en bénéfice à l'un de ses fidèles, moyennant un cens à payer aux recteurs 3. Raoul paraît bien ici exercer le gouvernement du monastère, qu'il a gardé quand il est devenu roi.
Les monarques du IXe et du Xe siècle, dont les ressources diminuent, retiennent pour eux-mêmes quelques-unes des abbayes dont leurs prédécesseurs faisaient généreuse distribution à leurs fidèles. Réduits à se préoccuper de leur propre subsistance, ils ne dédaignent pas davantage de tenir à cens une abbaye propriété d'un autre établissement religieux. Charles le Simple, en 917, tient des moines de Saint-Remi la cella de Saint-Marculfe moyennant un cens annuel de 10 sous 4.
Quand le roi décide de garder pour lui une abbaye, il en saisit l'administration, comme il exerce celle de l'évêché tombé en régale. Ses relations avec la communauté se traduisent souvent alors par des bienfaits. Charles le Chauve n'a jamais délivré plus de faveurs au monastère Saint-Germain d'Auxerre qu'au cours des années où, vraisemblablement, il en retint l'abbaye. C'est pendant que Saint- Vaast est en son indominicatum qu'il confirme la mense des moines 5. Louis le Germanique a profité du passage en ses mains des monastères de l'évêché de Metz, après la mort d'Advence, pour élargir
les abbayes de Marmoutier, Saint-Lubin de Suèvres, Saint-Denis-sur-Loire, qu'il tenait avant d'être roi cf. Favre, 13 et 69).
1. Robert détient avant d'être roi Saint-Aignan (cf. Hubert, Antiq. égl. Orléans, S \ ; Vi 'ier, Notice sur des actes d'affranchissement , dans Le Moyen-âge, 1907, p. 312), Saint-Martin de Tours que son frère Eudes lui a attribué (p. précéd., n. 3), Marmoutiers (Notice du 13 nov. 012, Mabille, Les invas. norm., Append. 12, Bibl. Ec. chartes, XXX, 452). Suivant Mabillon [Ann. Bened., XLI, 18,, t. HT, 296), il était aussi abbé de Saint-Germain-des-Prés. Hugues le Grand apparaît nanti de ces abbayes (cf. Lauer, La règne de Louis IV, 6), qui ont évidemment passé des mains paternelles en les siennes.
.:. Cf. Vaucelle, La collég. S. Martin, 81.
3. Dipl. de Raoul, 925-6, H F, IX, 569. Aucune autre mention n'est iri faite du recteur et Raoul en remplit visiblement les fonctions.