CESSION EN TOUTE PROPRIÉTÉ DU BIEN CONFISQUÉ
ou une largesse pour le salut de son âme, pour son aumône1. Que l'église recouvre un bien que le roi avait soustrait ou qu'elle obtienne de lui cession d'un domaine qui lui appartient légitimement, le souverain dépouille en effet semblablement son fisc. Du bien d'église confisqué le roi peut disposer comme du reste du domaine fiscal. Le plus souvent sans doute, il n'en abandonne à ses fidèles que l'usufruit ; parfois aussi il en cède la propriété, de même qu'à son gré il donne un monastère en bénéfice ou en propre. Ainsi, Charles le Chauve déclare qu'il consacre à la fondation du monastère de la Trinité près de Châlons des. biens de sa propriété, à savoir une église de son fisc, sise à Watrigneville, telle qu'Hugues l'avait eue en bénéfice, les dépendances de cette église et tout ce qui, dans la même locab'té, appartenait autrefois à Saint-Étienne de Châlons 2. De ces biens qui sont en partie d'origine fiscale et en partie confisqués aux dépens de l'évêché de Châlons, le roi avait fait d'abord un bénéfice pour Hugues ; puis il les a cédés en toute propriété à un monastère. A la vérité, comme l'établissement est une dépendance de l'évêché, ce don est en quelque manière une restitution faite à Saint-Étienne. Le même roi a donné aux moines de Saint-Maur des biens qui lui appartenaient (rcs jitris nostri), à savoir l'église Saint- Vrain à Gennes, avec le manse que détient le prêtre desservant et six autres faits dépendants de l'église dans une autre villa 3. Un peu plus tard, il attribue à Saint-Maur d'autres biens de Saint- Vrain sis à Soulange en Anjou, à Burnand en Poitou, qui avaient fait partie précédemment du bénéfice des comtes d'Anjou 4. La spoliation qui atteignit l'église Saint- Vrain l'a
l'église de Langres une villa, « quae olim indebite subtracta fuisset », en stipulant la célébration par les chanoines de son anniversaire (Sickel, 13, Forsch., IX, 421). Le 20 janv. 912, Charles le Simple, restituant à l'église de Toul le monastère de Bonmoutier, à la prière du personnage qui en tenait de lui Yabbatia en bénéfice, stipule qu'à son anniversaire, une réfection sera servie aux chanoines de Toul et aux religieux de Bonmoutier (H F, IX, 515).
1. Il en est ainsi déjà au temps de Pépin et de Charlemagne (cf. fasc. i, p. 93, 11. 1 et 2). Aldric déclare qu'il a demandé à l'empereur Louis « ut pro sua largissima aelcemosina aliquid de rébus nostrae sedis..., quas vassi dominici per ejus beneficium tenebant, mihi reddidisset » (Gesta Aldr., 80) ; aussi l'évêque assigne à son chapitre, « in eleemosina et memoria... Hludowici », une part des biens rendus.
2. 26 oct. 863 : « res nostre proprietatis, in villa quae vocatur Witriniacus,ecclesiam unam ex fisco nostro, quam Hugo jure beneficiario visus est habuisse, cum omnibus ad eam pertinentibus, cultis et incultis..., vel quicquid ex ratione sancti Stephaai ibidem olim visum est extitisse ■• [Cart. chu p. Châlons, 33). Il semble que l'église faisait partie de cet ensemble de biens qui appartenait autrefois à Saint- Étienne. Le bénéfice d'Hugues comprenait sans doute avec l'église les mêmes dépendances en terres.