‹ Histoire de la propriété ecclésiastique en FranceChapitre 602 sur 1164 · LE PRÉCAIRE SUIT ET RÉPARE LA SPOLIATION · texte numérisé non relu

LE PRÉCAIRE SUIT ET RÉPARE LA SPOLIATION

Mais il est sans doute assez rare qu'un bien d'église soit ainsi détaché de Yindominicatiwi de l'évêque ou de l'abbé. A Estinnes, on ordonne de rédiger des lettres de précaire non pas pour spolier les églises, mais pour leur restituer la propriété des biens dont elles avaient été déjà privées. Très souvent, les lettres de précaire souscrites sont un simple renouvellement consenti par le prélat en faveur d'un vassus royal qui, par la grâce du maître, recueille la succession d'un précédent précariste défunt. En pareil cas, le domaine n'était nullement tenu dans V indominicatum de l'église avant qu'il passât aux mains du nouvel occupant ; par la faveur du roi, il le tenait déjà à l'instant où il se présentait devant l'évêque pour souscrire une lettre de précaire. Il en était ainsi sans doute de la plupart de ceux qui se prêtaient à cette formalité. La lédaction d'un tel acte n'est, en effet, qu'une réparation accordée à l'église après la confiscation ; le prélat ne met en possession le précariste qu'en vertu d'une fiction qui sauvegarde l'initiative de l'administrateur et le droit de propriété de l'église déjà dépossédée en fait. Le plus souvent, son représentant ne détache pas effectivement de son indominicatum une parcelle en faveur d'un homme royal ; ceux qui présentent une prière au prélat ont été pourvus déjà par le roi lui-même d'un bien qu'il avait confisqué, dont il retenait la libre disposition.

Ce n'est donc pas, semble-t-il, en obligeant les prélats à céder des biens en précaire que s'est donné carrière le plus souvent l'arbitraire royal. On se plaint surtout des négligences apportées à souscrire des précaires. Les souverains du IXe siècle n'ordonnent plus, comme l'avaient fait Carloman, Pépin, Charlemagne, d'en rédiger et de les renouveler. Benoît le Diacre a dû imaginer un faux capitulaire qui réserve sur ce point la discipline ecclésiastique : « Personne ne possédera des biens d'église, sinon en précaire 1 ». C'était marquer que le plus souvent l'église est dépouillée précisément parce qu'elle n'obtient pas même cette garantie.

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